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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

ment serrée sur le dossier de sa chaise de paille.

— N’ajoutez rien ! s’écria-t-il d’une voix qui cloua sur place son pénitent stupéfait. Je vous l’ordonne !… Puis, après une minute de silence, encore tout pâle et frémissant, il attira sur sa poitrine la tête du P. de Charras, la pressa de ses deux mains tremblantes et lui dit avec une émouvante confusion :

— Mon enfant, je me montre parfois tel que je suis… Pauvres âmes qui viennent à plus pauvre qu’elles !… Il y a telle et telle épreuve que je n’ose révéler à personne de peur que l’incompréhensible indulgence qu’on a pour moi ne fasse de mes misères une gloire de plus… J’ai tant besoin de prières, et ce sont des louanges qu’on me donne !… Mais ils ne veulent pas être détrompés.

Le jour se leva tout à fait. La petite chambre nue, sous la triste matinée de décembre, apparut dans son humble désordre : la table de bois blanc sous ses livres éparpillés, le lit de sangle poussé contre le mur, un de ses draps traînant à terre, et l’affreux papier pâli… Une minute, le pauvre prêtre regarda ces quatre murs si proches, et il en crut sentir la pression sur sa poitrine. L’intolérable sensation d’être pris au piège, de trouver dans la fuite un couloir sans