Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 2, 1926.djvu/199

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
207
LE SAINT DE LUMBRES

réalité, son pauvre confrère sera hors d’état de vous entretenir ce soir.

— Pour cette fois, d’ailleurs, répondit l’illustre maître, c’est assez de connaître ce presbytère campagnard : un lieu unique.

(Il désignait la pièce aux quatre murs nus d’un geste caressant, comme un rarissime bibelot à tenter le collectionneur.)

Cette simple phrase fut à l’amour-propre du curé de Luzarnes comme un baume.

— Je dois vous faire remarquer, dit-il, que cette salle est improprement désignée sous le nom d’oratoire : mon vénéré confrère s’y tient rarement. À vrai dire, il ne quitte guère sa chambre.

— Ouais ? fit l’auteur du Cierge Pascal, intéressé.

— Je me ferai une joie de vous y conduire, s’empressa le futur chanoine. Monsieur le curé de Lumbres, j’en suis sûr, vous donnerait volontiers cette marque d’égards, et je ne ferai qu’interpréter sa pensée.

Il prit la lampe, l’éleva au-dessus de sa tête, puis, marquant un petit temps, la main sur le bouton de la porte :

— Si ces messieurs veulent me suivre ?