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Page:Bernardin de Saint-Pierre - Paul et Virginie, Didot, 1806.djvu/153

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PAUL

chaque site recevoit de son végétal sa parure naturelle. Les eaux qui descendent du sommet de ces roches formoient au fond du vallon, ici des fontaines, là de larges miroirs qui répétoient au milieu de la verdure les arbres en fleurs, les rochers, et l’azur des cieux.

Malgré la grande irrégularité de ce terrain toutes ces plantations étoient pour la plupart aussi accessibles au toucher qu’à la vue : à la vérité nous l’aidions tous de nos conseils et de nos secours pour en venir à bout. Il avoit pratiqué un sentier qui tournoit autour de ce bassin et dont plusieurs rameaux venoient se rendre de la circonférence au centre. Il avoit tiré parti des lieux les plus raboteux, et accordé par la plus heureuse harmonie la facilité de la promenade avec l’aspérité du sol, et les arbres domestiques avec les sauvages. De cette énorme quantité de pierres roulantes qui embarrasse maintenant ces chemins ainsi que la plupart du terrain de cette isle il avoit formé çà et là des pyramides, dans les assises desquelles il avoit mêlé de la terre et des racines de rosiers, de poincillades, et d’autres arbrisseaux qui se plaisent dans les roches ; en