Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/127

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Mappalicus, s’approchant avec précaution, le poussa doucement :

« Père, père, éveille-toi ! »

Lentement, le vieillard se souleva sur un coude et, aidé par le contremaître, qui soutenait ses entraves, il s’assit sur le coffre à orge.

« Tu vois, lui dit celui-ci, en montrant Cécilius, c’est un ami de Cyprien qui vient te chercher… »

La face du martyr s’illumina, tandis que ses prunelles, habituées aux ténèbres, semblaient éteintes. Il s’écria : « Cyprien ! l’apôtre de Dieu ! »

Son cri jaillit avec une telle intensité d’amour, que la présence réelle du grand évêque n’eût rien ajouté à la tendresse qui débordait de son cœur. Soudain, il se laissa tomber sur ses genoux, et, se prosternant devant Cécilius, il s’efforçait de lui baiser les pieds, comme s’il était Cyprien lui-même :

« Je t’en prie, frère, dit Cécilius qui se dérobait, ce serait plutôt à moi de baiser tes chaînes !… Laisse-moi au moins te donner le salut fraternel ! »

Le vieillard s’étant relevé, tous deux s’accolèrent :

« Je te le donne, reprit le visiteur, pour Cyprien, notre père.

– Tu es un de ses prêtres, n’est-ce pas ? dit Privatianus, en se rejetant en arrière, pour mieux le contempler.

– Non, je ne suis qu’un laïque… un ami de ton évêque. »

À ces paroles, le vieil exorciste laissa retomber ses mains d’un geste accablé. Son visage illuminé se voila tout à coup :

« Alors, dit-il, je n’ai plus qu’à mourir !… Mes compagnons, Gudden et Baric, sont morts dans la vaine attente du Banquet dominical. Pour moi, ce qui m’a soutenu jusqu’à ce jour, c’est l’espoir que Cyprien me procurerait au moins cette consolation de goûter une dernière fois sur cette terre la saveur de Pain de vie…

– Ici, tu le sais bien, dit Cécilius, c’est impossible. Je ne saurais moi-même faire lever cette interdiction… Mais