Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/132

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geron, et le même jour, très tard dans la nuit, nous arrivâmes enfin à ta maison du Calcéus.

« Comme je l’aime, cette maison ! Comme elle me plaît ! Je suis sûre que tu la connais beaucoup moins bien que moi, toi qui ne bouges jamais de Muguas. Chaque jour, j’y fais de nouvelles découvertes. Elle est si grande, plus grande même que le fortin qui est au-dessus et où se trouve en permanence une compagnie d’archers syriens qui nous protégeraient en cas d’incursion des nomades. Je te dis cela pour te rassurer davantage, très cher Cécilius… Ce qui me ravit par-dessus tout dans ton logis du Calcéus, c’est la cour intérieure avec son pavé de marbre, son jet d’eau et son bassin. Elle est toujours si fraîche au lever du soleil ! Chaque matin, j’y fais mes ablutions, puis je monte Diomède et je pars avec Trophime, ton écuyer, pour une grande course à travers les oasis. Quand je rentre, la chaleur est déjà forte. Je me tiens dans la cour, accroupie, comme une femme du Sud, au bord de la vasque murmurante. Je lis ou j’écris. Dès avant midi, il fait tellement chaud que je dois m’enfermer dans une haute chambre voûtée et pleine d’ombre, dont il faut encore boucher les ouvertures avec des rondelles de feutre. Là, je dors ou je rêve jusqu’au moment où l’air se rafraîchit. Je remonte à cheval avec Trophime. Je galope en plein désert jusqu’à la nuit close. Quelle volupté que ces courses sans but et sans fin ! Je vais très loin. L’autre jour, j’ai été jusqu’aux Thermes d’Hercule, où je me suis baignée dans la grande piscine d’eau froide. Je reviens ivre d’espace et d’air pur, mais non harassée, et, comme je ne puis pas dormir, je passe une partie de la nuit à jouer de l’orgue ou de la pandore et à chanter avec mes femmes. L’une d’elles, qui est du pays de Thadir, m’apprend les danses des Nomades…

« Ah ! qui dira l’enchantement de ce pays ! Le Sud !… Il me semble que c’est mon royaume. Peut-être est-ce le beau jardin terrestre, dont parlent tes chrétiens, où la