Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/15

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


PREMIÈRE PARTIE

I

PRINTEMPS CHRÉTIEN

Il devait être près de la onzième heure lorsque les voyageurs, après avoir descendu une forte pente, au flanc d’une colline boisée, se trouvèrent tout à coup en face d’une rivière. En ces premiers jours de mai, la lumière se prolonge très tard. Derrière les parasols des pins, criblés de rayons aigus et vifs comme des aiguilles de cristal, l’orbe éblouissant du soleil s’inclinait à peine vers les cônes violets des montagnes.

Sans même la présence des deux légionnaires à cheval, qui précédaient le convoi, le nombre des serviteurs, la netteté de leur accoutrement, et la bonne apparence des bêtes de somme eussent annoncé tout de suite le cortège d’un personnage important. Le jeune soldat brun, qui marchait en tête, arrêta brusquement sa monture devant la tête du pont en dos d’âne, dont l’arche unique était rompue. Les pluies printanières avaient fait déborder la rivière torrentueuse et emporté une des piles. Cependant, en bien des places, le lit caillouteux était à sec. Au milieu, par une sorte de chenal profondément raviné, une masse d’eau écumeuse et jaunâtre précipitait son cours inégal, en rebondissant contre des