Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/177

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taient les passages fréquentés et notamment les défilés du Calcéus, toujours encombré d’un va-et-vient de voyageurs. Ils étaient dans une gorge sauvage, coupée çà et là par des éboulements de roches, qu’il fallait faire enjamber continuellement aux chevaux. Le crépuscule tombait. Tandis que tout le bas des énormes masses calcaires flottait dans des vapeurs de pourpre, les sommets arrondis en coupoles resplendissaient d’une couleur d’or, un or fluide, éclairé et dissous par un feu inférieur. Le torrent d’or gagnait toutes les hauteurs, s’élargissait pareil à un fantastique paysage solaire, nappe rougeoyante de flamme et de minéraux en ignition, dont le bouillonnement s’apaise et se refroidit par degrés.

Dans cette atmosphère traversée de reflets splendides, les cavaliers descendaient maintenant vers le Désert. Enivré, sans le savoir, par la magnificence de l’heure, Victor parlait avec une abondance insolite. Il ne cessait de célébrer la liberté et la douceur de cette vie errante, qu’il opposait à la dure contrainte du camp. Sur ce sujet de la discipline militaire, il ne tarissait pas. On sentait, à travers ses propos, une révolte latente, qui peu à peu s’exaspérait, éclatait en récriminations indignées. Il disait à Cécilius :

« Tu n’imagines pas combien je suis heureux d’échapper à cet ergastule de la caserne, d’être ici, avec toi, à respirer l’air frais du ravin, sous les étoiles de Dieu !… Oui, l’existence là-bas devient impossible pour nous. La sévérité de Macrinius finira pas soulever la légion !… Tu verras !

– Je n’en serais pas étonné : c’est un homme maladroit et de peu de jugement ! » prononça Cécilius, qui n’avait pas encore pardonné au légat l’insolence de son accueil.

Sûr maintenant d’avoir rencontré une oreille complaisante, Victor épanchait toutes ses rancœurs. Il dit précipitamment :

« Parce qu’il a servi en Pannonie sous les ordres d’Auré-