Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/183

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Il chevauchait ainsi dans une insomnie fiévreuse, coupée par des périodes de torpeur, où sa pensée sombrait tout à fait. Ployé sur la selle, il s’assoupissait jusqu’au moment où un faux pas de son cheval le réveillait en sursaut.

Vers la neuvième heure, les étoiles pâlirent. Insensiblement, par des pentes en lacet, on était sorti des ravins et des extrêmes ondulations de l’Atlas. La région des sables et des oasis commençait là, sans transition, à la sortie du défilé. Encore indistincte, l’immense plaine désertique s’élargissait sans fin comme une mer de ténèbres. Des souffles froids passaient, frôlant les brindilles desséchées des dernières touffes d’herbes. On aurait dit des chuchotements qui rampaient au ras du sol. L’aube mystérieuse naissait.

Victor, frissonnant sous sa chlamyde trop courte, avait rebroussé chemin. Il s’approcha de Cécilius, qui somnolait, bercé par sa monture. Le lieutenant avait eu beaucoup de peine à calmer la rixe qui s’était élevée entre les Espagnols de l’avant-garde et quelques Syriens introduits, comme cavaliers supplémentaires, dans la cohorte. Enfin, à force de flatteries et de promesses de butin, il les avait séparés. Maintenant il venait avertir son compagnon des dispositions adoptées pour l’attaque. Avec ses hommes, il cernerait la Piscine et l’oasis environnante, de façon à surprendre, à la pointe de l’aube, le douar qui s’éveillait.

« Tu verras, dit-il, nous allons les forcer comme des chacals dans leur repaire… Toi, reste ici : tu nous gênerais dans nos manœuvres, et il y aurait peut-être du danger pour toi !… »

Et, tandis que son cheval se remettait au galop, il se retourna pour crier :

« Bon courage, frère ! Je te ramènerai ta fille, si Dieu le veut ! »

Cécilius resta donc en arrière avec les muletiers chargés de préparer le campement. Ils s’étaient arrêtés dans