Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/214

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tible émanait de sa personne, de sa démarche, de ses moindres mouvements. Sa taille menue et gracile, qui la faisait ressembler à une statuette d’ivoire, semblait grandie, ses joues étaient plus colorées, ses yeux plus brillants. Ses jolis cheveux châtains flamboyaient dans une sorte d’irradiation, et tout son visage mutin, au nez un peu court, avait pris une beauté harmonieuse et pleine qui la transfigurait. Visiblement, elle débordait d’un bonheur mystérieux qu’elle s’efforçait de taire. Ses esclaves l’avaient remarqué tout de suite. Cécilius lui-même s’efforçait d’interpréter ces indices dans le sens le plus favorable. On aurait dit qu’avec Birzil l’allégresse allait enfin rentrer dans le vieux logis de Muguas. C’est du moins ce que répétaient Julius Martialis et son fils qui, contrairement à leurs habitudes, s’étaient installés dans leur maison des champs et qui recommençaient à visiter Cécilius, en voisins. Tous les jours, Marcus, affichant un extrême intérêt pour la santé de la jeune fille, venait s’informer d’elle. Mais celle-ci ne témoignait aucune inclination pour ce grand jeune homme maigre, au visage de prêtre, au dos déjà un peu voûté, comme courbé sous le poids des affaires. Elle le jugeait même un peu ridicule.

Un matin, en s’éveillant, elle trouva des couronnes de roses suspendues à la porte et aux fenêtres de sa chambre. C’était un hommage significatif de Marcus Martialis.

Birzil, offensée des fleurs indiscrètes, en conçut d’abord un grand courroux. Mais elle dissimula son dépit et son ressentiment. Puis, quand elle se fut entraînée, qu’elle se crut assez forte pour la lutte, capable d’affronter une colère virile, elle envoya une de ses femmes demander pour elle un entretien à Cécilius.

Celui-ci la reçut, comme d’habitude, dans la bibliothèque. C’était le soir. Les derniers rayons du crépuscule éclairaient doucement la corniche de la haute salle voûtée en berceau et faisaient reluire dans la pénombre les volets dorés des armoires ouvertes, qui montraient sur