Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/269

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Alors sentant que la faveur de l’assistance lui revenait, le nouveau flamine se mit à déclamer intrépidement :

« Pauvre fou, qui nie l’évidence ! Homme sans culture, tu récuses par ignorance le témoignage de l’histoire. Mais tu ne peux pas contester les preuves que nos dieux nous prodiguent journellement de leur réalité et de leur omnipotence. Regarde ces temples et ces lieux sacrés, qui sont l’ornement et la protection de nos villes : tu y verras des inscriptions et des ex-voto qui affirment d’une manière irrécusable les bienfaits, les prédictions, les interventions de la divinité. Regarde ces temples, — plus augustes par la présence des dieux qui les habitent que magnifiques par les offrandes et les richesses qu’ils renferment… Ah ! ces dieux que tu nies, nous vivons au milieu d’eux ! Nos cités en sont pleines. Ils nous parlent, nous coudoient dans nos rues, nous révèlent l’avenir par leurs oracles, nous avertissent des périls, nous guérissent de nos maladies. Ils sont le refuge des misérables, la consolation des affligés, le remède de tous nos maux !… »

A ces mots, Marien, qui ne se contenait plus, s’écria d’une voix haute et ferme :

« Il y a des souffrances que vos dieux ne peuvent pas consoler ! Il y a des maladies qu’ils ne peuvent pas guérir. Pour le reste, ce sont des puissances mauvaises qui agissent sous leur nom !

– Assez ! » cria Rufus, impatienté par l’éloquence intempestive de Roccius Félix, autant que par l’obstination de l’accusé.

D’un geste furibond, il fit signe au bourreau en roulant ses gros yeux :

« Qu’on le suspende ! »

Aussitôt les valets se précipitèrent vers l’estrade, afin d’en arracher Marien. C’est alors que Cécilius, qui guettait l’occasion propice pour intervenir, rompit le cordon des licteurs et s’avança vers le tribunal.

« Je demande, dit-il, à défendre cet homme qui est mon hôte. Je suis avocat, et d’ailleurs assez connu parmi