Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/272

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« Tu avoues que tu es prêtre ?

– Non, je ne le suis pas !

– Tu mens !… Qu’on le suspende ! »

Tandis que les aides du bourreau se jetaient sur le misérable, Cécilius, écartant les licteurs, descendait de lui-même les degrés des rostres. De nouveau, la force l’écrasait, sans résistance possible. Encadré par les soldats, il se laissa conduire jusqu’à une porte latérale et il fit semblant de sortir.

Les tortionnaires avaient dépouillé Marien. Sans autre vêtement qu’un lambeau d’étoffe nouée autour de la ceinture, il grelottait sur les dalles du prétoire. On l’obligea à lever ses deux bras joints au-dessus de sa tête, on lui lia les deux pouces avec une cordelette accrochée à une corde plus grosse, puis on attacha à ses pieds un cylindre de pierre qui servait à peser l’huile…

Encore une fois, veux-tu avouer ? dit Rufus.

« Non ! »

La corde fila sur une poulie fichée dans une poutre : en une horrible tension, le corps du malheureux se souleva du sol, la pierre oscilla au bout des pieds, les articulations craquèrent, les côtes remontèrent affreusement, tandis que les flancs se creusaient. Le martyr étouffa un hurlement de douleur :

« Christ, aide-moi ! »

Deux valets se mirent à le flageller avec des lanières de bœuf : ils ne lui arrachèrent pas un cri. Entre ses deux bras tendus à se briser, dans l’étirement atroce des nerfs et des jointures, les yeux hagards, il considérait Rufus congestionné et torturé, lui aussi, par les pointes lancinantes de sa goutte :

« Je te plains ! lui dit-il : tu agis injustement. »

Le préfet, hors de lui, enjoignit aux bourreaux de déchirer le corps du patient avec les ongles de fer. A la première morsure des griffes dans sa chair, un long frisson lui secoua l’échine et les côtes. Il poussa un soupir convulsif et profond comme s’il entrait en agonie :