Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/285

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Et voilà que, tout de suite, dès le premier jour de travail, il était terrassé, blessé, rendu impropre à sa tâche. Dès qu’il eut repris connaissance, cette pensée l’affola. Il tremblait que, pour l’achever, on ne l’envoyât pourrir au fond de la mine. D’ailleurs, il se sentait exténué par ce long voyage à pied, par les privations endurées à Cirta et par l’abominable régime de la prison.

L’infirmerie où il gisait était une ancienne écurie dont on avait masqué les ouvertures par des châssis en planches, tout à fait insuffisants pour la défendre contre les intempéries du dehors. Il reposait sur un établi de bois en plan incliné, qui occupait toute la longueur du local, et que des supports enfoncés en terre exhaussaient de quelques pouces au-dessus du sol. On lui avait ôté ses fers et donné une couverture de laine qui atténuait un peu la dureté de sa couche. Heureusement pour lui, il fut soigné par un médecin campanien, peut-être dépêché tout exprès par le procurateur, mais qui lui donna les soins les plus dévoués et les plus intelligents, en lui laissant comprendre qu’il savait à qui il avait affaire et qu’il admirait la noblesse de son sacrifice. C’était une âme douce, humaine, un peu craintive. Cécilius, de son côté, apprécia tout de suite, avec la bonté, la distinction de cette nature d’homme. Il devina en lui un initié aux cultes isiaques. Le Campanien avait la tête complètement rasée, comme un prêtre égyptien. Des sandales de papyrus claquaient sous ses talons. Il manifestait une répulsion significative pour toutes les substances animales, sans doute considérées par lui comme impures. Sa médecine même était très particulière, moins surchargée de recettes que docile aux indications de l’expérience. Quoi qu’il en soit, Cécilius, entre ses mains, se guérit très vite. Lui-même s’en émerveillait. Était-ce à l’habileté de ce praticien qu’il le devait, ou fallait-il croire qu’il y a une thérapeutique spéciale du martyre, que la volonté indomptable de vivre est capable d’arrêter les puissances de la mort ? Dans la prison de Cirta, le cas de Marien