Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/55

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À la vue de ces raffinements, Cyprien se récria :

« Pourquoi tant d’apprêts ? N’aurais-je pas pu dîner dans ta salle ordinaire ?

– Je dîne ici tous les jours, » répliqua Cécilius, d’un ton froissé.

Mais il ajouta aussitôt, avec une nuance de tristesse affectueuse qui toucha l’évêque :

« D’ailleurs, pour toi, rien ne me paraît de trop… Tu ne sembles pas comprendre combien je suis fier de te recevoir, quelle joie surtout c’est pour moi. »

Cyprien lui prit vivement la main qu’il serra :

« Si, si ! Je comprends tout. Excuse-moi, pardonne-moi. Je sais, je devine tout ce que tu as fait. Je m’en veux de t’en remercier si mal. Mais, vois-tu, il y a un sentiment qui domine en moi tous les autres, même les plus doux : c’est… comment dirai-je ? la peine que me cause ton indifférence, non pas certes pour moi, mais pour le Christ peut-être, pour l’Église, pour nos frères !… Ainsi, hier, quand je t’ai parlé de ces malheureux qui agonisent dans tes mines de Sigus…

– Je t’ai déjà dit que je m’occuperais d’eux, » fit Cécilius avec brusquerie.

Ils s’étaient assis au bord des lits, tandis qu’un esclave leur enlevait leurs chaussures. Puis il disposa des coussins sous leurs bras. Sur un signe de Cyprien, Cécilius le congédia. L’évêque, baissant la voix, reprit :

« J’apprends qu’une révolte couve dans les mines. Les confesseurs veulent bien mourir, mais ils ne veulent pas être pris pour des séditieux !

– Une révolte ? fit Cécilius, subitement inquiet. Les nôtres peuvent y périr ! Je vais avertir le procurateur de l’exploitation…

– Mais comment ignorais-tu que des chrétiens étaient là… depuis si longtemps, depuis la persécution de Dèce !… Et que, dans cette géhenne, ces chrétiens, des frères, peinaient pour toi, pour entretenir ton luxe ?… »

L’évêque montrait les mosaïques, les colonnes d’onyx