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CAMILLE MAUCLAIR

1872



Parisien et fils de Parisiens, avec des origines lorraines et danoises très lointainement, M. Camille Mauclair est né le 29 décembre 1872. Il fit ses études à Paris, montrant de très bonne heure des aptitudes littéraires très remarquables. Dans les groupes de jeunes écrivains, aux environs du 1893, il étonnait jusqu’à ses amis, et tous voyaient en lui un écrivain dont la carrière devait être rapide autant qu’éclatant. Il publia tout d’abord des vers, à La Plume, puis une étude sur le peintre Albert Besnard, dans La Revue Indépendante, puis d’autres poèmes, dans Le Mercure de France, La Conque, L’Ermitage et La Revue blanche. Son premier livre fut un ouvrage de critique morale : Eleusis, causeries sur la Cité intérieure, paru en 1893, et suivi, en 1894, d’un recueil de poèmes : Sonatines d’automne. Depuis, M. Camille Mauclair n’a pas cessé de prouver, au moins par le nombre et la diversité de ses ouvrages, la précocité qu’on admirait en lui alors qu’il sortait à peine du collège. La poésie, le roman, le conte, la critique littéraire, la critique d’art et la critique sociale, la politique, le théâtre, les conférences et les études de métaphysique, il n’est rien à quoi, littérairement, il n’ait touché, ni d’idées et de beautés, de façons de sentir et de penser auxquelles il ne se soit prêté, signe au moins d’une extrême intelligence, d’une grande sensibilité littéraire, sinon de capacité créatrice et de vraie personnalité. « La grande puissance géniale, dirait-on presque, a dit Emerson dans son Essai sur Shakespeare, consiste à n’être pas original du tout, à être une parfaite réceptivité, à laisser les autres faire tout, et à souffrir que l’Esprit de l’heure passe sans obstruction à travers la pensée. » Une parfaite réceptivité, voilà bien ce qu’a été, ce qu’est encore M. Camille Mauclair, et jamais L’Esprit de l’heure ne traversa pensée plus docile que la sienne. D’origine sémitique, M. Camille Mauclair a le génie de sa race, le don extrême de l’analyse, de l’assimilation, la faculté de tout dissocier, pour s’ap-