Page:Bever-Léautaud - Poètes d’aujourd’hui, II, 1918.djvu/330

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Les voir renaître, ici, pour s’en aller, auprès,
Dès à présent,
Se repentir, en les aimant,
Profondément.

En rêvant d’eux, en ce décor d’or sombre,
Où les anges ferment, avec de l’ombre,
Les yeux du jour,
Le cœur trop longtemps clos à leur amour,
Immensément, se donne,
Tandis que, dans la paix du soir,
Leur tranquille mémoire
Toujours plus douce, nous pardonne.

(Les Visages de la Vie.)



LES PAUVRES


Il est ainsi de pauvres cœurs
avec, en eux, des lacs de pleurs,
qui sont pâles, comme les pierres
d’un cimetière.

Il est ainsi de pauvres dos
plus lourds de peine et de fardeaux
que les toits des cassines brunes,
parmi les dunes.

Il est ainsi de pauvres mains,
comme feuilles sur les chemins,
comme feuilles jaunes et mortes,
devant la porte.

Il est ainsi de pauvres yeux
humbles et bons et soucieux
et plus tristes que ceux des bêtes,
sous la tempête.

Il est ainsi de pauvres gens,
aux gestes las et indulgents
sur qui s’acharne la misère,
au long des plaines de la terre.

(Les Visages de la Vie.)