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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

— Allons, si vous vous lancez dans les questions philosophiques, je n’en suis plus. Monsieur le professeur Polewski n’est-ce pas que ces auteurs sont des gens dangereux avec leur théories.

— Souvent, souvent, dit le professeur, ce sont des personnalités très intéressantes cependant, quoiqu’ils fassent beaucoup de mal lorsqu’ils s’en mêlent ; mais avant d’exprimer mon opinion, permettez, monsieur DuVallon, que j’ajoute qu’il y a de nobles exceptions dont vous faites partie. Laissez-moi vous demander maintenant pourquoi vous autres écrivains, formant la classe des esprits supérieurs, employez-vous votre talent à brouiller les individus, en ne mettant en scène que de fausses natures ? À vous lire on croirait véritablement, qu’une femme ne peut être intéressante sans commettre l’adultère, un mari quelque chose s’il ne trompe son épouse. Vous brodez sans cesse sur le même thème. La pièce où il y a le plus de dupes est la plus admirée. Les hommes étant de grands enfants applaudissent avec enthousiasme, à tous les mensonges, toutes les roueries les mieux ourdies, à côté de leurs jeunes femmes qui se disent : Oui, c’est très beau, c’est ainsi que l’on doit entendre la vie. Puis un bon jour, si le mari est traité en réalité comme dans le roman on le traite, il s’indigne, devient furieux, désespère, crie à l’abomination, oubliant