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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

levé à cinq ans son père et sa mère. La douleur de l’enfant fut si profonde, malgré son jeune âge, qu’on s’attendit à sa mort pendant plusieurs mois. La famille qui l’avait recueillie ne s’en affligeait pas outre mesure, l’enfant étant héritière d’une petite fortune devant leur revenir ; néanmoins comme la plupart des êtres faibles et délicats elle résista au choc nerveux qui avait si fort ébranlé son système ; elle dépérit, elle devint livide n’étant plus que l’ombre d’elle-même, elle souffrit mille morts, mais elle ne mourut pas. Un an s’écoula avant que le médecin put la déclarer hors de danger, alors l’oncle et la tante décidèrent qu’elle pouvait commencer ses études avec leurs deux enfants, Louise et Gaston, de quelques années plus âgés qu’elle.

On avait une institutrice capable, mais sévère, sans tendresse, n’ayant qu’un but, l’avancement de ses élèves, au détriment de leur santé même, n’admettant pas qu’au plus jeune âge on put rester indifférent à l’étude, classant dans la catégorie des paresseux, des sans talents, les natures délicates qu’un travail trop assidu épuise et dégoûte. Sans cesse elle réprimandait Lucienne, dans le cerveau de laquelle elle voulait loger une infinité de connaissance, beaucoup trop sérieuse pour son âge.

Lucienne s’efforçait bien quelquefois d’apprendre ; mais ne trouvant aucun intérêt à des