Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/36

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pour son âge, aussi toute la famille le regardait comme un phénix sur lequel elle bâtissait de brillantes espérances ; il deviendrait quelque chose, il ferait sa marque dans le pays, et la mère le croyant un prodige, le dorlotait à sa manière en le bourrant du matin au son, de friandises, alourdissant davantage sa nature épaisse et indolente. Il avait une corpulence éléphantine, des mollets et des muscles de boxeur, dont cependant il faisait usage le moins possible. Étant trop paresseux pour se remuer il avait l’habitude de se servir de Lucienne pour toutes ses commissions. Avait-il besoin d’un morceau de papier, d’une plume ou de l’encre, c’était elle qu’il envoyait quérir ces objets en lui criant de se dépêcher. Le bon naturel de sa cousine, son besoin de mouvement lui faisait accepter volontiers cette charge de commissionnaire. À cet instant elle lui rapportait un livre qu’il lui avait demandé. Gaston la regarda malicieusement.

— C’est bon, dit-il, tu m’obéis bien je crois que je te prendrai pour ma femme lorsque je serai grand.

— Moi je ne te prendrai pas pour mari, répondit Lucienne vivement, je n’aime pas les gros garçons rouges.

— Comment, petite impertinente, tu n’es pas si belle, avec tes joues cadavériques. Je voudrais bien savoir qui aimera un petit être ra-