Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/42

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pâles, changeant subitement la statue de marbres en un être exubérant de vie, de pensées, d’aspirations. Il l’écoutait, captivé par le timbre séduisant de sa voix d’enfant, dans laquelle se glissait déjà un souvenir de femme. Le jeune homme avait six ans de plus qu’elle, mais il oubliait cette différence lorsqu’elle lui parlait et subissait le charme de sa conversation. Lucienne près de Lierre oubliait ses chagrins, ses souffrances et redevenait elle-même.

Des mois s’écoulèrent ainsi rapprochant de plus en plus leurs existences. Un attrait mystérieux les unissait davantage, à chaque entrevue, la leçon se prolongeait à leur insu ; le jeune homme alors un peu confus s’éloignait en toute hâte de cette demeure, où il laissait la plus grande partie de lui-même.

Pour Lucienne lorsqu’il n’était plus là, un sentiment de tristesse l’oppressait, elle errait, désorientée, dans les allées du jardin où résonnait encore le bruit de ses pas, où les rafales de l’air gardaient, enroulé dans leurs nuages, l’écho de ses douces paroles, où le froissement des branches écartées redisait son passage à cet endroit, où le dénudé de quelques touffes fleuries attestait qu’il s’était penché là pour y cueillir les roses ou le myosotis, ornant maintenant son corsage ; même les silences de l’air lui rappelaient qu’un instant il s’était tû pour noyer son regard dans le sien. Elle restait fascinée à ce souvenir, inconsciente, dans sa naïve inno-