Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/46

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


promptement elle retirait sa main, alors le jeune homme lui aidait à se débarrasser de l’herbe rebelle, qui demeurait collée à la peau fine, heureux de sentir dans la sienne cette main qu’elle lui livrait, avec, un abandon charmant.

Ils franchirent ainsi un long espace, n’écoutant que les poétiques hymnes chantant au fond de leurs cœurs et les divins silences que seules leurs âmes comprenaient : soudain au milieu de cette joie intime Pierre tressaillit, une exclamation s’échappa de ses lèvres.

— Que faites-vous ? mademoiselle Louise, s’écria-t-il, nous allons droit dans le courant, ce passage est excessivement dangereux, ramez en sens contraire.

— Non, répondit-elle, nous franchirons ce passage. Je l’ai déjà fait, d’ailleurs vous savez nager, moi aussi, si nous versons nous ne prendrons qu’un bain rafraîchissant.

— Mais votre cousine.

— Lucienne est une petite poltronne, elle n’a pas appris à nager, eh bien ! si nous faisons naufrage vous la sauverez.

Disant elle donna un vigoureux coup d’aviron menant droit au danger.

— Malheureuse, s’écria-t-il.

Au même instant le canot tourna bout pour bout, le remous l’avait saisi, on le vit tournoyer comme une toupie puis soudain, disparaî-