Page:Binet - Henri - La fatigue intellectuelle.djvu/152

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tant tousse ; la courbe du cerveau monte encore. En D, nouvel aboiement du chien ; la courbe du cerveau monte de 0°,01, mais la courbe du rectum ne varie pas. En E, la malade ronfle. En F, la malade est interpellée, et elle se réveille un peu ; le cerveau se réchauffe ; mais elle s’endort de nouveau à 11 h. 30, et la courbe du cerveau monte quand même, ce que Mosso explique en disant que le sommeil était devenu moins profond qu’avant. Cette seconde observation est incontestablement bien plus probante que la première.

On voit par ce qui précède que l’influence du travail intellectuel sur la chaleur animale reste une des questions les moins étudiées. Tout ce qu’on sait est que le travail intellectuel augmente vraisemblablement la température du cerveau. Du reste, la question est, tant au point de vue théorique qu’au point de vue expérimental, une des plus compliquées de la physiologie. La chaleur animale que l’on mesure au thermomètre est une résultante de beaucoup de fonctions qui agissent tantôt dans un sens, tantôt dans un autre ; et c’est bien à propos de l’enregistrement de la chaleur que l’on comprend tout ce qu’il y a d’empirique à se borner à l’étude de la température dans un seul point. Tout d’abord la production de chaleur dans un organe en particulier est en relation avec l’intensité de fonctionnement de cet organe ; une glande s’échauffe pendant qu’elle sécrète, un muscle pendant qu’il se contracte. La combustion interstitielle des tissus est en outre modifiée par plusieurs facteurs, comme la richesse des matériaux nutritifs apportés par le sang à l’organe qui fonctionne, et aussi l’influence que le système nerveux exerce sur cet organe ; tout cela modifie dans une certaine mesure la production de chaleur. Après la production, une autre fonction intervient, la répartition de la chaleur entre des organes différents, ayant des températures différentes ; l’agent principal de cette répartition est le sang, dont la température est constamment très élevée ; le sang, par son