Page:Binet - Henri - La fatigue intellectuelle.djvu/54

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triculaire, c’est à-dire à la poussée du sang produite par la contraction des ventricules du cœur ; le pouls est un peu en retard sur le cœur, et ce retard est dû à la distance que l’impulsion doit franchir pour aller du cœur à l’artère dont on enregistre le pouls : le pouls de l’artère pédieuse est plus en retard que le pouls de l’artère carotide, parce que la distance est plus grande dans le premier cas que dans le second. Le graphique du pouls résulte de l’impulsion du cœur ; mais il faut ajouter que ce graphique exprime aussi l’état physique de l’artère, qui d’abord cède à ce choc, puis revient sur elle-même, et se rétracte après s’être distendue ; les petites lignes du tracé, malgré leur apparence simple, résument par conséquent plusieurs phénomènes compliqués. Une artère malade, sclérosée, par exemple, ne donnerait pas le même graphique qu’une artère saine, bien souple et bien élastique.

Les dicrotismes qui s’inscrivent sur la ligne de descente s’exagèrent pendant la fièvre et peuvent dans ce cas être perçus par le doigt ; les sphygmogrammes prouvent que le pouls normal est dicrote, quoique à un degré moins accentué ; on n’est pas encore entièrement d’accord sur le mécanisme de production du dicrotisme.

La méthode graphique nous donne la durée exacte des pulsations et de leurs intervalles, tandis qu’avec la montre à secondes on ne pouvait connaître que la vitesse moyenne du cœur. Voyons ce que la méthode graphique peut nous apprendre de nouveau en ce qui concerne l’influence du travail intellectuel sur le cœur.

Elle a été employée spécialement par Mentz[1] pour mesurer la vitesse du cœur pendant le travail intellectuel ; l’auteur a inscrit le pouls sur un cylindre enregistreur et a mesuré en millimètres la longueur de chaque pulsation ; les nombres du tableau suivant indiquent donc la longueur

  1. Mentz. Die Wirkung akustischer Reize auf Puls und Athmung. Philosophische Studien, XI, 1895.