Page:Binet - La Vie de P. de Ronsard, éd. Laumonier, 1910.djvu/145

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
85
ET CRITIQUE

vers le mieux qui luy estoit possible. » (Or. fun., texte de 1586, p. 27.)

G. Critton n’a pas parlé du seigneur Paul. En revanche J. Velliard l’a considéré comme l’un des initiateurs de notre poète et l’a comparé à cet égard à l’oncle Jean de Ronsart, curé de Bessé-sur-Braye : « Quid dixi ! Petrum Ronsardum, ex sermone habito in ea legatione (l’ambassade de Laz. de Baïf en Allemagne), primum ad studium poetices animum adjunxisse ? Erravi : imo multò ante, hunc enim poesim a lacte nutricis imbibisse animo, nec alienis, sed domesticis praeceptis edoctum fuisse, vos jam eritis judices. Habebat ab Avunculo, viro omni liberali sacraque doctrina politissimo, non solum bibliothecam varia et multiplici librorum supellectile instructam, sed etiam exemplum hujus reconditioris disciplinae quod sibi proponeret ad imitandum. Insuper, dum aderat Regi praetextatus assecla, jucundus erat Paulo praefecto Hippocomiae, fratri Philippae Castelleronensis (sic pour Castelleraldensis), qui cum studia humanitatis coleret, et haberet aures tritas notandis generibus poetarum, seorsim (sic pour seorsum) Virgilii et Horatii intelligentia praestabat. Hi duo perspicaces et acuti viri cum mirarentur bonitatem naturae Petri Ronsardi, huic et ad suscipiendam et ingrediendam rationem studiorum poeseos principes extitere. » (Laud. fun. I, prem. éd., f° 6 r° et v°.)

Du Perron est le seul des biogr. de Ronsard (avec Colletet, qui l’a copié littéralement ici) à nous avoir dit que le seigneur Paul était un gentilhomme Écossais ; et il s’en est tenu à cette opinion jusqu’à la fin de sa vie (1618), malgré les affirmations contraires de Binet et d’Ant. de Baïf. Mais il semble n’avoir pas été le seul à penser ainsi, d’après cette addition de Binet à son troisième texte : « … le seigneur Paul, Escossois ainsi que disent aucuns ». Cette opinion, qui a contre elle l’autorité de Baïf, assez grave à elle seule pour la ruiner, a peut-être pour point de départ un fait historique : il se peut par ex. que le seigneur Paul ait accompagné Ronsard en Écosse et séjourné avec lui à la cour de Jacques V, et je suis tout porté à le croire. Il est d’ailleurs étonnant que Ronsard n’ait jamais nommé dans ses œuvres ce compagnon de jeunesse, auquel en somme il devait tant.

Si le seigneur Paul avait pour sœur, comme l’affirment Velliard et Binet, la mère de Mad. de Chatellerault, il était sûrement Piémontais. Voici en effet ce que dit le P. Anselme sur Mad. de Chatellerault, qui n’est autre que Diane de France, fille naturelle de Henri II : « Diane, légitimée de France, duchesse d’Angoulême, née de Philippe Duc, demoiselle Piemontaise, sœur de Jean Antoine Duc, né à Montcallier en Piémont, écuyer de la grande écurie du roi Henri II. Elle épousa 1° Horace Farnèse, duc de Castro, mort en 1554 ; 2° en 1557 François de Montmorency, pair et maréchal de France… Le duché de Chatellerault lui fut donné par lettres du 22 juin 1563, renouvelées en 1571… » (Hist. genealog. de la maison de France, tome I, 136, D.) Madame de Chatellerault, comme l’appelle Binet, ou Madame d’Angoulême, comme on l’appelait plus ordinairement depuis qu’elle avait reçu de Henri III le duché d Angoulême en 1582, ne mourut qu’en janvier 1619. Si Binet, ou Du Perron, devenu cardinal, avait osé interroger cette princesse sur la famille de sa mère, ils auraient pu identifier le seigneur Paul et nous