Page:Binet - La Vie de P. de Ronsard, éd. Laumonier, 1910.djvu/200

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COMMENTAIRE HISTORIQUE

vulnere virtus, tanto sese vehementius excitavit ad omnes partes bene audiendi. Paulatim vero viri gravissimi qui cum humanitatis, tum litterarum caussa praestantibus ingeniis favebant, cum illis amicitiam conciliarunt, eorumdemque studiorum similitudo benevolentiam postea conjunxit. Intercessit etiam summa Reg. Catharinae auctoritas, quae non solum extinxit omnes invidiae faces, sed etiam omnem simultatis, omnem alieni animi suspicionem penitus delevit. P. Ronsardus qui vera cum gloria de se praedicare poterat illud Plauti elogium : In me nunquam invidia innata est, neu malitia mala, bono ingenio me esse ornatum, quam auro multo malo, — P., inquam, Ronsardus qui toties vetuit hoc caelesti munere, divino furore, Musarum virginali pudore et verecundia, ad petulantiam et calumnias abuti, ne cui suspicionem ficte reconciliatae gratiae daret, Oden cecinit testem candoris animi sui, et obsidem suae in omnes voluntatis. » (Laud. fun. I, fo 9 ro et vo.)

Mlle Evers a consacré à la querelle de Saint-Gelais et de Ronsard une intéressante dissertation, où sont étudiés, entre autres choses : l’origine de la querelle ; les griefs de l’ancienne école contre Ronsard ; la période de lutte ouverte ; celle de la réconciliation ; la nature de cette réconciliation (op. cit., pp. 147 à 187). On y trouve des remarques justes et de fins aperçus, fondés sur de nombreuses citations. L’ensemble est malheureusement gâté par des erreurs de chronologie et de variantes, et des conjectures aventureuses, dont nous avons déjà relevé quelques-unes. Nous devons encore signaler ici certaines faiblesses de son argumentation.

Ainsi que Mlle Evers, je pense qu’il y eut une période de rivalité sourde entre la nouvelle école et l’ancienne, et que les agresseurs furent Du Bellay et Ronsard. Mais il faut bien distinguer d’une part la querelle Du Bellay-Sibilet-Aneau, qui se passe en dehors de la Cour et éclate dès l’apparition de la Deffence, de la querelle Ronsard-Saint-Gelais, qui se passe à la Cour et n’éclate qu’un an plus tard, après l’apparition des Quatre livres des Odes. Il y a évidemment des points communs : ainsi le régent Lyonnais, Barth. Aneau, en critiquant la Deffence en 1550 dans son Quintil Horatian, prend également à partie Ronsard auteur des odes pindariques et raille ce dernier de la même façon que Saint-Gelais devait le faire presque en même temps à la Cour (édition de la Deffence, par Chamard, p. 225, note 2). Mais Du Bellay, malgré deux allusions malicieuses de la Deffence aux œuvres anonymes de Saint-Gelais (II, ch. ii et iv ; édit. cit., pp. 182 et 212), semble être toujours resté en bons termes avec lui.

D’autre part, quoi qu’en dise Mlle Evers, H. Chamard a eu raison d’écrire : « Le différend de Saint-Gelais et de Ronsard surgit en 1550 après l’apparition des Odes. » Avant sa première Epître au Lecteur, de févr. 1550, je ne vois sous la plume de Ronsard, dans ses œuvres imprimées ou celles qui pouvaient circuler manuscrites, que des allusions vagues à l’ignorance des poètes Marotiques et à la platitude de leur style. Quant aux passages de la Deffence, des Vers lyriques et de l’Hymne de France, que cite Mlle Evers (p. 149), ils ne contiennent aucune allusion à Saint-Gelais ; je n’y vois que des lieux communs sur l’Ignorance et l’Envie, qui étaient courants chez les poètes français depuis la querelle Marot-Sagon. Enfin lorsque Du Bellay écrit dans la préface de