Page:Binet - Les altérations de la personnalité.djvu/10

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Les altérations de la personnalité qui peuvent se produire chez des malades revêtent un très grand nombre de formes différentes ; il n’est nullement question de les passer toutes en revue. Nous nous bornons ici, comme nous l’avons dit, à étudier un seul type de ces altérations, les dédoublements de la personnalité ou plutôt la formation de personnalités multiples chez un même individu. Ce phénomène peut se présenter chez plusieurs catégories de malades ; nous l’envisagerons spécialement dans l’hystérie, où il a été surtout étudié dans ces derniers temps.

On a souvent désigné sous le nom de somnambules les personnes qui présentent ces altérations de la personnalité ; nous avons conservé ce terme de somnambulisme ; il a besoin d’être expliqué, car on ne lui a pas toujours donné un sens précis, et les recherches récentes, en multipliant le nombre et la variété des somnambulismes, ont singulièrement compliqué la question. Il en est de cette question comme de l’aphasie qui, à l’époque où Broca l’étudiait, pouvait recevoir une définition simple ; c’était la perte de la parole articulée ; aujourd’hui qu’on a découvert et analysé tant d’autres formes des maladies du langage, telles que l’agraphie, la cécité verbale, la surdité verbale et bien d’autres encore, il n’y a plus une aphasie, il y a des aphasies. De même, le terme de somnambulisme doit élargir sa signification ; il n’y a pas un somnambulisme, un état nerveux toujours identique à lui-même, il y a des somnambulismes.

Dans le sens vulgaire et populaire du mot, on appelle somnambulisme naturel l’état des individus qui se lèvent la nuit et accomplissent des actes automatiques ou intelligents ; ils s’habillent, reprennent leur travail de la journée, font aller un métier, ou résolvent un problème dont ils ont vainement jusque-là cherché la solution ; puis, ils se recouchent, se rendorment, et le lendemain matin, ils ne conservent aucun souvenir de s’être levés pendant la nuit ; et ils sont souvent très surpris de voir terminé un travail qui la veille au soir était encore inachevé. D’autres font