Page:Binet - Les altérations de la personnalité.djvu/179

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de veille. Rappelons brièvement les faits : nous avons vu que si on dirige la main anesthésique pour lui faire écrire un mot, la main répète ce mot ; c’est un premier exemple d’écriture automatique ; nous avons vu aussi que, dans une division de conscience produite par distraction, l’inconscient peut répondre par l’écriture aux questions qu’on lui pose à voix basse ; c’est un second exemple d’écriture automatique, et ici, l’écriture est plus développée, car elle ne se contente pas de reproduire la question, elle y répond.

Dans les deux circonstances que nous rappelons, le mouvement de l’écriture sert de moyen d’expression au personnage inconscient et, de plus, il traduit des perceptions et des idées qui appartiennent à ce personnage, et que la conscience principale ne connaît pas. La séparation des consciences est complète, absolue.

Dans nos recherches actuelles, où nous étudions les relations des consciences distinctes, l’écriture automatique va jouer un rôle différent ; elle va servir de trait d’union entre les deux consciences ; l’idée à traduire appartient à l’une des consciences, et le mouvement graphique qui exprime cette idée appartient à l’autre. On le voit, c’est une collaboration.

Voici comment l’expérience réalise cette collaboration. On prie l’hystérique de penser pendant quelque temps à un objet, ou à un mot ; on ne lui dit pas autre chose ; on ne lui commande de rien écrire, car si cet ordre lui était donné, on provoquerait un acte volontaire du genre de ceux que nous venons d’étudier dans le chapitre précédent ; en ce moment, ce n’est pas un mouvement que nous voulons étudier, mais une idée ; pour que le but soit atteint, il est bon de choisir, parmi les idées qu’on suggère, une de celles qui ne contiennent pas une invitation motrice évidente ; si par exemple on prie l’hystérique de penser à la personne avec qui elle vient de causer, à la lettre qu’elle vient de recevoir, ou à un autre souvenir du même genre, il est clair qu’on ne suscite pas en elle une idée d’acte à exécuter, mais un simple phénomène d’idéation.