Page:Binet - Les altérations de la personnalité.djvu/225

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une personne que, pendant qu’elle lisait des vers à haute voix, sa main en suivait le rythme. Mais l’accord était fugitif. Lorsque ce sont des mouvements des deux mains qui coïncident, cette influence est beaucoup plus nette.

Résumant ce qui précède, nous pouvons retenir ce qui suit : lorsqu’une personne partage son attention entre deux opérations psychiques volontaires, qu’elle s’efforce d’exécuter simultanément, chacune des opérations, surtout au début, est faite moins correctement que si elle était faite isolément ; en second lieu, il arrive souvent qu’une des opérations tend à imposer aux autres sa forme particulière, son rythme.

Mais ce qui domine, ce qui nous semble surtout important à constater, c’est que chez certaines personnes, il se produit une division de conscience ; une des opérations en conflit sort de la conscience du sujet, et continue à s’exécuter sans qu’il la dirige et qu’il la perçoive nettement.


III


Ce que la division de l’attention arrive à faire quelquefois, on peut le provoquer directement, et plus sûrement, par un autre procédé, l’état de distraction. On se rappelle qu’il est facile d’entretenir chez les hystériques, en concentrant sur un seul point leur attention, un état de distraction assez intense pour que des phénomènes subconscients extrêmement compliqués se développent. Nous avons cherché à répéter la même expérience sur des sujets sains, et nous avons obtenu des résultats équivalents.

Ainsi qu’il était facile de le prévoir, on retrouve sur des personnes saines, non seulement l’écriture automatique, mais toute la série d’actes subconscients, dont l’écriture automatique n’est qu’un terme, et qui, par leur ensemble, sont les signes de la division de conscience. Il y a donc, croyons-nous, ressemblance très grande à ce point de vue entre les hystériques et les individus sains.