Page:Binet - Les altérations de la personnalité.djvu/228

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de remarquer que la flexion du poignet se répète mieux que la flexion isolée d’un doigt.

Le caractère tout à fait rudimentaire de l’inconscient est bien marqué par la facilité avec laquelle on lui donne certaines habitudes. Lorsqu’on a fait écrire plusieurs fois de suite des boucles, la main s’accoutume à ce mouvement et le reproduit à tort et à travers ; car si l’on veut ensuite lui faire tracer des hachures, les mouvements se déforment bien vite et se changent en boucles. La mémoire de cet inconscient est si peu étendue qu’il n’est même pas capable de conserver le souvenir de plusieurs espèces de mouvements.

L’inconscient n’a pas seulement de la mémoire, il peut encore recevoir et exécuter quelques suggestions, qui sont, il est vrai, d’un ordre absolument élémentaire. Ces suggestions peuvent être données au moyen du toucher. Avec une simple pression, on agit sur la main et on la fait mouvoir dans toutes les directions. Ce n’est point une impulsion mécanique, c’est bien une suggestion tactile. Si avec une pression, on fait mouvoir la main, une autre pression, tout aussi légère, l’arrête, l’immobilise ; une autre pression, d’un genre un peu différent, la fait écrire. Il est difficile de dire la différence de ces pressions ; mais l’expérimentateur, en les faisant, a une certaine intention, et cette intention est souvent comprise avec beaucoup de finesse par la main de la personne. Rien n’est plus curieux que cette sorte d’hypnotisation partielle, grâce à laquelle une personne croit être et se trouve en effet complètement éveillée et en possession d’elle-même, tandis que sa main obéit docilement aux ordres tactiles de l’expérimentateur.

Ces quelques détails me semblent suffire amplement pour démontrer la possibilité d’éveiller un inconscient chez des personnes saines ou à peu près saines. Cet inconscient, nous le répétons, n’a ni le développement ni l’éclat de celui des hystériques ; ce n’est pas lui qui écrira spontanément des lettres et des confessions, mais c’est déjà quelque chose qu’il existe.