Page:Binet - Les altérations de la personnalité.djvu/233

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


dernières années. M. Richet est le premier auteur qui les ait étudiées méthodiquement, et la description qu’il en a donnée est assez intéressante pour mériter d’être reproduite in extenso ; c’est une observation type.

Comme introduction à ces faits nouveaux, rappelons brièvement, avec l’auteur, quelques notions de psychologie courante.

Lorsque nous sommes éveillés et en pleine possession de toutes nos facultés, nous pouvons imaginer des sentiments différents de ceux que nous éprouvons d’ordinaire. Par exemple, alors que je suis tranquillement assis à ma table, occupé à composer ce livre, je puis concevoir les sentiments que dans telle ou telle situation vont éprouver un soldat, une femme, un peintre, un Anglais. Mais quelles que soient les conceptions fantaisistes que nous formions, nous ne cessons pas d’être conscients de notre existence personnelle. L’imagination a beau s’élancer dans l’espace, il reste toujours le souvenir de nous-mêmes. Chacun de nous sait qu’il est lui et non pas un autre, qu’il a fait ceci hier, qu’il a écrit une lettre tout à l’heure, qu’il doit écrire telle autre lettre demain, qu’il y a huit jours il était hors de Paris, etc. C’est ce souvenir des faits passés, souvenir toujours présent à l’esprit, qui fait la conscience de notre personnalité.

Il en est tout autrement chez les deux femmes A et B, que M. Richet a étudiées.

« Endormies et soumises à certaines influences, A… et B… oublient qui elles sont ; leur âge, leurs vêtements, leur sexe, leur situation sociale, leur nationalité, le lieu et l’heure où elles vivent, tout cela a disparu. Il ne reste plus dans l’intelligence qu’une seule image, qu’une seule conscience : c’est la conscience et l’image de l’être nouveau qui apparaît dans leur imagination.

« Elles ont perdu la notion de leur ancienne existence. Elles vivent, parlent, pensent, absolument comme le type qu’on leur a présenté. Avec quelle prodigieuse intensité de vie se trouvent réalisés ces types, ceux-là seuls qui ont