Page:Binet - Les altérations de la personnalité.djvu/245

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nissons en une seule, car à vingt ans de distance nous n’avons plus la même manière de sentir et de juger.

Si l’on vient, par suggestion, à replacer le sujet à une période antérieure de son existence et à faire revivre, pour un moment, une de ses personnalités mortes, il en résulte que le souvenir de son moi actuel disparaît pour un moment, ainsi que toutes les connaissances acquises postérieurement à la date fixée par la suggestion ; il se produit, comme dans les cas où l’on suggère une personnalité de fantaisie, une division de conscience ; toute une synthèse de phénomènes disparaît, est oubliée, pour faire place, temporairement, à une synthèse plus ancienne.

Nous verrons en outre, un peu plus loin, que ces expériences ont une portée plus grande que les précédentes, car la personnalité évoquée est une personnalité vraie et non une personnalité fictive, créée de toutes pièces par l’imagination. Il ne faudrait cependant pas aller jusqu’à croire que c’est la synthèse ancienne qui reparaît ; ce n’en est que le souvenir, l’écho affaibli.

MM. Bourru et Burot se sont les premiers engagés dans cette voie ; ils ont fait leurs premières expériences sur V…, cet hystéro-épileptique mâle dont nous avons relaté plus haut l’histoire accidentée ; ils ont ensuite étendu leurs recherches à d’autres malades. Pour ramener le sujet à une époque antérieure de son existence, ils ont employé deux moyens : l’un des deux est très simple, c’est la suggestion, consistant à affirmer au sujet qu’il a tel âge, ou qu’on est en telle année, etc. La suggestion est dans ce cas facile à imaginer, et nous n’en dirons pas davantage. Le second moyen, plus compliqué, mais aussi plus intéressant et plus instructif, c’est l’évocation directe d’un état psychologique ancien, ayant une date précise ; et cet état, une fois apparu, éveille à son tour par association d’idées la série de phénomènes qui se sont trouvés groupés autour de lui. Supposons, pour fixer les idées, qu’une personne hystérique ait eu vers l’âge de quinze ans le bras droit paralysé ; elle est depuis longtemps guérie, et le bras droit