Page:Binet - Les altérations de la personnalité.djvu/256

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Dans un certain nombre de cas, il paraît même démontré qu’au moment de l’exécution d’une suggestion post-hypnotique, la personnalité normale de l’état de veille, qui ne connaît pas la suggestion reçue, qui du reste ignore toutes les péripéties de l’expérience, et qui s’est souvent reconstituée d’une façon assez complète pour lutter contre une suggestion nouvelle, s’efface, disparaît, est anéantie ; c’est la personne somnambulique qui envahit la scène. Nous avons hâte d’énumérer les faits qui le démontrent.

Le premier de ces faits a été relevé par M. Beaunis[1], c’est l’oubli rapide qui suit l’exécution d’une suggestion post-hypnotique. On a dit au sujet endormi d’exécuter au réveil un acte quelconque, changer un meuble de place, ou tourner rapidement ses mains l’une autour de l’autre ; pendant qu’il obéit à cet ordre, on appelle d’une façon toute particulière son attention sur ce qu’il fait ; on lui dit de remarquer son mouvement, et on peut s’assurer qu’il a pleine conscience de son acte. C’est du moins ainsi que les sujets se comportent dans les expériences de M. Beaunis. Or, malgré la conscience avec laquelle ils accomplissent les ordres suggérés, tout est oublié quelques instants après ; vient-on à leur demander ce qu’ils ont fait avec leur main, ils ne se rappellent rien et ne comprennent pas la demande.

Cet oubli n’est peut-être pas un phénomène constant. Quel est le phénomène constant en psychologie ? Mais il est fréquent, et ceci nous montre que lorsqu’une action est accomplie sous l’empire d’une suggestion, alors elle diffère grandement d’une action volontaire et spontanée ; cette différence persiste même pour les actes suggérés qu’on exécute à l’état de veille, car si par exemple le sujet avait spontanément, en dehors de tout commandement, déplacé un meuble ou fait un geste, il en aurait sûrement conservé le souvenir.

L’oubli après l’acte exécuté nous paraît comparable à

  1. Le Somnambulisme provoqué, p. 121. Paris, 1887.