Page:Binet - Les altérations de la personnalité.djvu/300

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la veille les mouvements inconscients par anesthésie. On se rappelle que nous avons montré maintes fois que l’anesthésie peut avoir pour effet d’isoler des phénomènes psychologiques comme le fait un état de distraction. Ce sont deux procédés parallèles. Il est donc logique de chercher chez les sujets auxquels on a donné des suggestions négatives si les mouvements subconscients par anesthésie peuvent fournir quelque renseignement sur la perception de l’objet invisible.

Les résultats sont cependant assez différents. Nous avons vu quelle réponse fait le personnage inconscient dans les expériences de distraction ; l’écriture du sujet anesthésique ne répond pas toujours de même. Voici à peu près quelle distinction il faut faire. Si la suggestion inhibitoire a consisté à suspendre complètement la perception d’un objet, si par exemple on a dit au sujet qu’il ne verra plus aucun des caractères d’une page imprimée, il peut arriver que la main anesthésique reproduise ces caractères, témoignant ainsi que le personnage subconscient continue à les percevoir ; ou bien la main, traduisant l’état dominant du sujet, se bornera à écrire indéfiniment : « Je ne vois pas, je ne vois pas. » Lorsque la suggestion a opéré en transformant l’objet, lorsqu’on a par exemple suspendu la vision d’une photographie en inculquant l’idée que la photographie représente toute autre chose, alors c’est cette vision hallucinatoire qui se trouve retracée par l’écriture automatique.

Ainsi, les résultats sont un peu moins simples que dans l’état de distraction ; nous avons vu déjà pareil fait se reproduire plusieurs fois. La division de conscience produite pendant un état de distraction a un caractère plus net, plus tranché, plus systématique que celle qui dérive de l’anesthésie, et les consciences séparées le sont si bien que souvent elles cessent de communiquer. Au contraire, dans l’anesthésie, la communication persiste, et tout état important qui se trouve dans une des consciences a une tendance à rayonner sur les autres. Ceci nous explique