Page:Binet - Les altérations de la personnalité.djvu/330

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à cette conclusion : ce n’est pas moi qui ai fait tous ces actes qu’on me rappelle, ce n’est pas moi qui porte ce nom par lequel on me désigne, c’est une autre.

Il reste à indiquer la plus importante conclusion de ces études. Nous voulons parler des limites de la conscience. On a admis souvent jusqu’ici que la conscience détermine elle-même ses limites, et que là où elle cesse il n’y a plus que des processus physiologiques. L’activité nerveuse de chacun de nous serait donc de deux espèces : l’une lumineuse, consciente d’elle-même ; l’autre aveugle, dépourvue de conscience et réduite à des changements matériels qui s’accompliraient dans les cellules et les fibres composant les centres nerveux. On a même fait mainte hypothèse sur ces points, et il est inutile de rappeler les théories de Carpenter, de Maudsley et de Huxley sur la cérébration inconsciente. Nous en avons du reste déjà dit quelques mots. Il y a lieu, semble-t-il, de reviser ces théories, qui ne sont rien moins que définitives. Un grand nombre de théories physiologiques ou psycho-physiologiques sont devenues insensiblement classiques, sans avoir jamais pu justifier de preuves suffisantes ; à force de les répéter, on leur a donné de l’autorité ; il en est ainsi pour le schéma bien connu de l’activité nerveuse, qui ne repose sur aucune donnée histologique, et qui est même démenti par les faits histologiques récents ; il en sera de même, nous en avons la présomption, pour l’hypothèse de la cérébration inconsciente.

Cette hypothèse ne repose que sur le témoignage de la conscience, et ce témoignage doit être tenu pour fort suspect. Nous avons dit que l’oubli est souvent purement relatif, vrai seulement d’une condition mentale particulière, et non pour une condition mentale différente ; nous avons vu également que l’inconscience n’existe qu’au regard d’une certaine personnalité, et cesse pour une autre synthèse de phénomènes. En un mot, il peut y avoir chez un même individu, pluralité de mémoires, pluralité de consciences, pluralité de personnalités ; et