Page:Binet - Les altérations de la personnalité.djvu/37

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de ce livre qui est consacrée aux phénomènes expérimentaux.

Il reste à définir et à classer l’état pathologique de V… On a comparé ce cas à celui de Félida ; cette comparaison est justifiée par bien des faits, et les analogies sont frappantes ; il y a des changements d’état psychologique, marqués par le caractère et la mémoire ; sans doute, ces états sont plus nombreux chez V…, on en a même compté jusqu’à six, qui ont chacun leur mémoire propre, comme l’expérimentation sur le malade a permis de le montrer ; mais cette question de chiffre n’a point une importance générale, et du reste il a existé chez Félida au moins trois états distincts.

M. Proust a publié récemment[1] un cas curieux d’automatisme ambulatoire chez un hystérique. Voici son observation :

« Émile X…, trente-trois ans ; fils d’un père original et buveur ; mère nerveuse, un frère cadet rentrant dans la catégorie des arriérés. Lui, au contraire, est d’une intelligence assez vive. Il a fait de bonnes études classiques et remporté même des succès dans les concours académiques. Après avoir étudié la médecine pendant quelques mois, il est passé à l’étude du droit, s’est fait recevoir licencié, et, depuis quelques années, il est inscrit au tableau de l’ordre des avocats à Paris.

« Émile X… a présenté les signes les plus manifestes de la grande hystérie (attaques, troubles de sensibilité, de motilité, etc., etc.). Il est presque instantanément hypnotisable. Il suffit qu’il fixe un point dans l’espace, qu’il entende un bruit un peu fort, qu’il éprouve une impression vive et subite pour que, aussitôt, il tombe dans le sommeil hypnotique. Il était, un jour, au café, place de la Bourse. Il se regarde à la glace. Immédiatement il s’endort. Étonnées et effrayées les personnes avec lesquelles il se trouvait le conduisirent à l’hôpital de la Charité où on le réveilla.

« Une autre fois, au Palais, pendant qu’il plaide, le pré-

  1. Tribune médicale, 27 mars 1890.