Page:Binet - Les altérations de la personnalité.djvu/41

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lire celle qui a été publiée par Weir-Mitchell ; elle constitue elle aussi une répétition intéressante du cas de Félida. Il s’agit d’une jeune fille âgée de vingt ans, de caractère triste, mélancolique, timide ; cette personne est envahie par un sommeil qui dure plus de vingt heures ; au réveil, on s’aperçoit qu’elle a oublié totalement son existence antérieure, ses parents, son pays, la maison où elle demeure ; on peut la comparer, dit l’auteur, à une enfant qui serait à l’état de maturité. On est obligé de recommencer son éducation ; on lui apprend à écrire, et on remarque à ce propos qu’elle écrit de droite à gauche, comme dans les langues sémitiques.

Elle n’avait à sa disposition que cinq ou six mots, vrais réflexes d’articulation qui étaient pour elle dénués de sens. Le travail de rééducation, conduit méthodiquement, dura de sept à huit semaines. Son caractère avait subi un changement aussi profond que sa mémoire ; timide à l’excès dans son premier état, elle était devenue gaie, expansive, bruyante, hardie jusqu’à la témérité ; elle courait les bois, les montagnes, attirée par les périls de la contrée sauvage qu’elle habitait. Puis une nouvelle attaque de sommeil se produit ; la malade revient à son premier état ; elle en retrouve tous les souvenirs, elle en reprend le caractère mélancolique, qui paraît s’être aggravé ; nul souvenir conscient ne subsiste du second état. Une nouvelle attaque fit revenir ce second état, avec les phénomènes de conscience qui l’accompagnaient la première fois. La malade passa successivement un grand nombre de fois d’un de ces états à l’autre ; ces changements se répétèrent pendant une période de seize ans. Au bout de cette période, les variations cessèrent ; la malade avait alors trente-six ans ; elle vécut dans un état mixte, mais plus voisin du second que du premier ; le caractère n’était ni triste, ni bruyant, mais raisonnable. Elle mourut à soixante-cinq ans[1].

Il faut terminer ici la liste des observations ; celles que

  1. Cité par William James, Psychology, I, 383.