Page:Biographie nationale de Belgique - Tome 2.djvu/144

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Le baron de Hierges se trouvant atteint de fièvres, ne put continuer ses opérations militaires et se retira à Utrecht. Bientôt après, les désordres déplorables que commirent les troupes espagnoles vinrent non-seulement paralyser tous les projets ultérieurs des généraux de Philippe II, mais ils permirent aux confédérés de reprendre une grande partie des villes et des positions fortifiées dont les troupes de l’armée du roi s’étaient emparées précédemment.

Après la mort du gouverneur général Requesens, le baron de Hierges se rendit à Bruxelles avec les gouverneurs des autres provinces pour solliciter du conseil d’État les secours, dont il avait un besoin indispensable, et surtout de l’argent pour payer ses troupes depuis longtemps sans solde. « Le baron de Hierges, » disait le conseil d’État dans sa lettre au roi du 31 mars 1576, « nous a déclairé, comme passé plussieurs mois, n’a cessé d’escripvre et représenter le tout audict seigneur deffunct, et voyant qu’il ne pouvoit plus soustenir ceste impossibilité, est venu icy pour nous donner à attendre le pitoiable et lamentable estât où se retrouvent toutes choses en icelles provinces, signamment en tous les forts bastiz sur les dicques et es passaiges de Hollande, où il n’y a âme vivante, ny bestial, ny grains, ny herbe, ains seullement ciel et eaue et faulte de tous vivres et munitions, sans un soult, passé plussieurs mois. » Mais ni le conseil d’État ni le roi ne se trouvaient en mesure de lui venir efficacement en aide ; la détresse des troupes et leur indiscipline qui occasionnèrent d’irréparables désastres, notamment à Anvers, l’épouvantable désordre qui existait partout et avait poussé les populations au désespoir, toutes ces circonstances amenèrent le baron de Hierges à se rallier au parti des États généraux. Il a expliqué lui-même, dans une lettre écrite le 19 octobre au comte de Boussu, le motif de cette résolution : « Entendant, » écrit-il, à son ami, qui était alors prisonnier de guerre à Horn, « que vostre secrétaire, Van der Zande, alloit vers vous, n’aye voulu laisser vous advertir de ce que se passe par par cy, qu’est, en effect, que les Éstats de par deçà ce sont la pluspart joinctz ensamble pour la liberté du pays, la conservation de la religion catholique et romaine, service de S. M. et partement des Espagnols avec leurs adherenz ; et voyant une cause sy juste, me suys déterminez me joindre aussy aux susditz estats, ne veuillant estre instrument pour mettre ma patrie en perpétuelle servitude et couper la gorge à tous mes parens et amys et tant aussy sous danger général sy long et sy impertinente comme celle qu’avons menez jusques à ceste heure[1]. »

La résolution prise par le baron de Hierges déconcerta beaucoup les partisans dévoués de la cause espagnole qui avaient compté sur lui pour déjouer les projets des patriotes. « Il dépend de lui, » écrivait au roi, le 14 septembre, Géronimo de Roda, faisant allusion au baron de Hierges, « qu’il se fasse quelque chose ou rien pour le service de V. M. En effet, s’il arrivait avec quatre mille ou cinq mille Bas-Allemands et Wallons et mille Espagnols, on formerait encore un camp de huit mille à dix mille hommes et près de deux mille chevaux, et avec les positions que nous occupons en Brabant, nous tiendrions en respect les troupes des États. »

A l’arrivée de don Juan aux Pays-Bas, le baron de Hierges fut nommé commandant de la garde personnelle de ce prince. Les écrivains protestants et les partisans de Guillaume d’Orange ont vu dans cette nomination une preuve de la duplicité de Gilles de Berlaymont ; ils ont mis en doute la sincérité de ses déclarations et ont prétendu que sa réunion aux États généraux et son adhésion à la pacification de Gand et à l’union de Bruxelles ne furent qu’une feinte ; mais ces reproches n’ont-ils pas été dictés par l’esprit de parti ? Il est à remarquer que la pacification de Gand, de même que l’union de Bruxelles, ces deux pactes d’alliance qui renfermaient tout ce que le parti patriote demandait alors au roi d’Espagne,

  1. Lettre du 19 octobre 1576.