Page:Biographie nationale de Belgique - Tome 2.djvu/285

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préoccupa de moraliser les travailleurs, d’adoucir leurs mœurs et d’assurer leur avenir. Il organisa dans ses ateliers un corps de musique ; il créa une caisse de secours pour les malades et de retraite pour les infirmes, à une époque où les caisses d’épargne n’existaient pas encore. Il s’efforça d’inspirer à ses ouvriers l’esprit de propriété, en fournissant à ceux qui voulaient s’établir et acquérir une maison, un prêt sans intérêt, remboursable denier par denier sur le salaire. Comme à Mulhouse, la plupart des ouvriers de Sept-Fontaines sont devenus propriétaires sans pour ainsi dire s’en apercevoir. En 1860, la colonie Boch comptait deux cent quatre-vingt-quatre maisons et mille quatre cent dix habitants, avec « une belle église et une superbe maison d’école, dues l’une et l’autre en très-grande partie à la générosité du fils ainé du fondateur[1]. »

Pierre-Joseph Boch avait épousé Marie-Antoinette-Louise Nothomb (de Differdange), d’une ancienne et honorable famille luxembourgeoise ; ils laissèrent six enfants. Les deux époux moururent à Sept-Fontaines ; ils reposent l’un à côté de l’autre au cimetière de Weimerskirch, autrefois paroisse du lieu. Leur épitaphe rappelle leurs vertus et le bien qu’ils ont fait ; elle n’est certes pas mensongère.

Alphonse Le Roy.

Neyen, Biographie Luxembourgeoise — Robin, Histoire de l’Exposition de 1855. — Kleyr, Luxemburger Taschenkalender, 1865.

BOCH (Jean) ou BOCHIUS, poëte latin, né à Bruxelles, le 17 juillet 1555, mort à Anvers, le 9 janvier 1609. Issu d’une famille considérée et où l’on attachait du prix aux études approfondies, Bochius fut surnommé par ses contemporains le Virgile de son temps, éloge exagéré qui ne tirait guère à conséquence autrefois. Il fit ses humanités d’abord à Lierre et ensuite à Ath, qui possédait alors un des meilleurs colléges du pays. Son désir de visiter des contrées étrangères le détourna de suivre les leçons de droit à l’Université de Louvain ; il préféra se rendre en Italie pour y perfectionner ses études littéraires. Arrivé à Rome, il obtint, par de puissantes recommandations, d’être attaché à la maison du cardinal Radzivell, et suivit les leçons de controverse, données par le célèbre Robert Bellarmin, devenu plus tard cardinal, pour combattre les doctrines religieuses nouvelles. Après un assez long séjour dans la capitale du monde catholique et poussé par l’amour des voyages, il se rendit en 1578 dans le Nord et visita successivement la Livonie, la Lithuanie, la Pologne, la Moscovie et la Russie, où l’attendaient de grandes infortunes, comme il le raconte lui-même dans l’ouvrage dont nous parlerons bientôt. Après avoir employé la plus grande partie de l’année 1578 à parcourir les contrées voisines de la Baltique, ainsi que Wilna et Smolensk, il se dirigeait à petites journées vers Moscou, lorsque, en route, il fut si cruellement éprouvé par le froid qu’il eut les pieds gelés. Transporté dans cette dernière ville, ses douleurs devinrent tellement insupportables qu’on lui conseilla de se laisser amputer ces deux membres. Heureusement, le chirurgien du grand-duc de Moscowa intervint, à la demande d’un ami, et lui prescrivit des remèdes qui arrêtèrent les progrès du mal. Assez bien rétabli, quoique ne pouvant encore marcher qu’avec des béquilles, il se décida à aller achever sa convalescence chez un Lubeckois, avec qui il s’était lié d’amitié pendant le voyage et qui habitait dans une colonie allemande de la Livonie, tributaire du grand-duc. La bourgade où il résidait depuis quelque temps fut tout à coup attaquée par des pillards moscovites, qui y commirent des atrocités inouïes, n’épargnant ni femmes, ni vieillards. Le pauvre Bochius lui-même fut percé de coups et si maltraité qu’il fut laissé pour mort. Revenu à lui, il put cependant encore s’enfuir et se soustraire à ses bourreaux. Seul,

  1. Jean-François Boch, né à la faïencerie, le 9 mars 1782, mort le 9 février 1858. Homme instruit, industriel distingué, philanthrope comme son père, Jean-François ajouta encore à la réputation et à la prospérité de sa famille. Il fonda en Belgique, dans le pays de Charleroi, l’usine devenue célèbre sous le nom de Kéramis. Voir son article dans la Biographie Luxembourgeoise de M. Neyen (Luxembourg, 1860, in-4°), ouvrage qui a fourni les matériaux de la présente notice.