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duc de Gueldre, dans la plaine de Bastweiler, à deux lieues et demie d’Aix-la-Chapelle. Wenceslas divisa ses troupes en deux corps de bataille. Il partagea le commandement de l’un avec le comte de Saint-Pol, et confia la direction de l’autre à Robert de Namur ; accompagné de son frère Louis et de son neveu Guillaume qui devait plus tard recueillir la succession du comté sous le nom de Guillaume III. Dans ce même corps se trouvait le sire de Spontin, ayant à ses côtés son fils aîné à qui il voulait faire gagner ses éperons dans une grande action militaire. L’affaire s’engagea et les Brabançons furent mis dans une déroute complète. Le duc Wenceslas fut pris avec une grande partie des siens. Robert de Namur, de même que son frère et son neveu, le sire de Spontin et son fils, se trouvèrent au nombre des prisonniers. Ils ne furent relâchés que l’année suivante.

Depuis ce temps, le nom de Guillaume III de Beaufort-Spontin ne figura plus que dans quelques actes publics.

Il mourut le 7 avril 1385, d’après l’inscription d’une dalle tumulaire conservée dans l’église de Spontin.

André Van Hasselt.

BEAUFORT-SPONTIN (Jacques DE), homme de guerre, mort en 1504, fut le troisième représentant de la branche de cette famille qui porta plus particulièrement le titre seigneurial de Freyr, et qui commença à l’aïeul de ce seigneur, Jacques de Beaufort-Spontin, fils de Marguerite de Wavre et de ce même Guillaume que nous avons vu faire ses premières armes dans la plaine de Bastweiler, à côté de son père. Descendant de ces hommes d’épée qui, d’après le témoignage du vieux Mélart, étaient toujours si chatouilleux et si hauts à la main, il avait dans l’histoire de sa lignée trop de modèles de chevalerie, pour qu’il ne cherchât pas à les imiter lui-même.

Presque enfant encore, il assista, à côté de son père, Guillaume, sire de Freyr, à la sanglante bataille que le comte de Nassau, un des lieutenants du duc de Bourgogne, Philippe le Bon, livra, le 19 octobre 1465, aux Liégeois dans les plaines de Montenaken. Après cette terrible rencontre, il fut armé chevalier sur le champ de bataille même. L’année suivante, il prit part, cette fois encore avec son père, au célèbre siége de Dinant et au sac de cette malheureuse ville. Mais en 1467, sans qu’on sache la cause de la mésintelligence qui s’éleva tout à coup entre le père et le fils, une rupture ouverte eut lieu entre eux. Jacques, paraît-il, n’avait pas encore atteint sa majorité légale, et son père voulut l’émanciper, c’est-à-dire, comme s’exprime l’acte curieux qui fut dressé à cette occasion, le mettre hors de son pain, de sa main et de sa tutelle. Il le conduisit donc, le 2 janvier 1467, devant le sire de Beaurewart, lieutenant du souverain bailli du comté de Namur, auquel il déclara sa volonté. Sur quoi le lieutenant comtal lui demanda ce qu’il entendait donner à son fils. Guillaume répondit qu’il ne voulait lui donner qu’une dague. En même temps il remit une dague au jeune homme qui déclara se tenir pour satisfait. Ensuite, à la réquisition du sire de Beaurewart, il prit son fils par le pan de sa cotte et le lui livra. « Ainsi, » dit en terminant ce singulier acte d’émancipation, « fut jeté et mis hors de la tutelle, pain et main de son père, bien à droit et à loy, selon les us et coutumes de ladite cour. »

Une fois en possession de sa liberté, Jacques de Beaufort-Spontin, quel usage en fit-il ? On ne le sait. Mais ou conjecture qu’il alla mettre son épée au service du roi Louis XI, à l’exemple de tant d’autres seigneurs bourguignons qui à cette époque se disposaient à faire ou achevaient de faire défection à Charles le Téméraire, à cause de la dureté et de la violence de ce prince, et au nombre desquels se trouvaient les Croy, les Lalaing, les La Hamayde et jusqu’à ce Philippe de Comines qui, après avoir été l’ami et l’affidé du duc Charles, devint le confident et le conseiller le plus intime du roi. Du moins, si nous devons en croire le témoignage de Georges Chastellain (Chronique, IIe partie, chap. III), Jacques de Spontin fut l’un des deux ambassadeurs que le roi Louis envoya, en 1470, au Téméraire, pour le rassurer sur la fidèle exécution des traités, quoiqu’il soutînt ouvertement