Page:Biographie nationale de Belgique - Tome 2.djvu/390

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firent, ainsi que l’Italie et l’Allemagne, des commandes à Thomas Bosschaert. Ce succès remarquable pour un artiste qui n’occupe certes pas le premier rang, est dû sans doute à la grâce que revêtent ses compositions; quelque chose d’attrayant respire dans ses tableaux; bien que la force et la vigueur en soient absentes, que le coloris soit froid, la composition faible, et que les têtes manquent d’animation, le moelleux du pinceau, l’harmonie qui embellit le tout, suppléent à d’autres qualités absentes. Ajoutons que les dernières toiles de Bosschaert sont de beaucoup supérieures à ses premières, qu’il exécuta des portraits d’une grande ressemblance et d’un mérite incontestable, des portraits dignes de la grande école et que, si la mort ne l’eût enlevé dans la force de l’âge, il est probable qu’il aurait atteint un degré de talent très-supérieur. Bosschaert est un de ces Flamands auxquels le séjour de l’Italie fit plus de mal que de bien; du moment où, revenu à Anvers, il eut de nouveau sous les yeux les vigoureux coloristes et les énergiques compositeurs de l’école de Rubens, sa manière s’en ressentit. On a été jusqu’à l’approcher de Van Dyck; cet éloge exagéré appartient aux critiques d’un siècle qui n’est pas précisément réputé pour ses grandes connaissances artistiques; le fait est qu’il tâcha d’imiter ce grand maître, que son dessin est correct, ses airs de tête agréables, son ordonnance pleine de mesure et de jugement. Là se borne la ressemblance.

En 1649, Bosschaert fut élu doyen de la corporation de Saint-Luc. Parmi les souverains qui l’employèrent, on cite surtout Frédéric-Henri, prince d’Orange, et son fils, Guillaume. Descamps s’occupe assez longuement de notre maître; la seule partie intéressante de son travail, est une espèce de liste des principales œuvres de Bosschaert qui se trouvaient dans le pays à cette époque. A Anvers, l’église des Carmes possédait une Vierge avec l’Enfant et sainte Catherine; à Saint-Willebrord, près d’Anvers, un Saint Willebrord honorant la sainte famille s’y trouve encore; il passait autrefois, dit Descamps, pour un Rubens; c’est probablement un hommage du peintre à l’église qui portait son nom patronal; aux Annonciades, Deux anges tenant le voile de la Véronique avec l’image du Christ; une admirable (c’est Descamps qui parle) copie de Van Dyck à la cathédrale, représentant Saint François au pied de Jésus en croix et dont l’original était à l’église des Capucins, à Termonde; à Duffel, une Assomption; à l’abbaye de Tongerloo, Jésus et la Madeleine et un Enfant prodigue; aux Capucins de Bruxelles, un Martyr couronné. « Enfin, dit le même auteur, on regrette un excellent ouvrage de lui qui se voyait dans la salle de la confrérie du Mail, à Anvers; il y avait représenté Vénus qui arrête les fureurs de Mars. Ce beau tableau fut brûlé le lendemain d’un repas qui fut donné dans cette salle à l’envoyé d’Angleterre. »

De nos jours, outre le tableau de l’église de Saint-Willebrord, lez-Anvers, la Belgique possède encore au Musée de Bruxelles, les Anges annonçant à Abraham la future naissance d’Isaac, tableau provenant de l’ancien Grand-Béguinage. A Salzthalen se trouve une Bacchanale; au Musée de Vienne on voit Diane à la chasse; les figures seules sont de Bosschaert, le reste est de Jean Fyt; cette toile est datée de 1650; au même musée, Élie au désert; à Berlin, le Mariage mystique de sainte Catherine.

Nous remarquerons que les catalogues de ces deux derniers musées nomment notre peintre, le premier: Thomas Willebort dit Boschaert; le second, rédigé par M. Waagen, Thomas Willeborts dit Bossaert. Ces variantes ou transformations de noms sont fatales à l’histoire de l’art. Les anciens auteurs avaient tous donné l’année 1656 pour celle de la mort de Bosschaert; les dernières recherches faites dans les diverses archives de la Gilde de Saint-Luc, à Anvers, ont rectifié cette erreur. On y lit: « Thomas Willebrord Bosschaert, reçu comme élève chez Gérard Zegers, 1629, devient maître 1636, doyen, 1650-51, 18 octobre. Mourut 23 janvier 1654. » Notre peintre fut enterré à l’église des Carmélites où on lui érigea un monument avec cette épitaphe: