Page:Biographie nationale de Belgique - Tome 3.djvu/476

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retard que subit l’arrivée de l’argent qu’il avait demandé à la princesse doña Juana, sa fille, gouvernante des royaumes d’Espagne, pour payer sa maison à laquelle il ne devait pas moins de deux cent mille écus, vint renverser ses espérances, et il lui fallut se résigner à passer encore un hiver à Bruxelles. Cette prolongation forcée de son séjour dans les Pays-Bas fut mise à profit par le roi Philippe. Aucune des provinces n’avait voté les subsides qui leur avaient été demandés au mois de septembre et l’on s’attendait à de grandes difficultés de leur part, car le pays était surchargé d’impôts. Charles-Quint, à la prière de son fils, consentit à intervenir personnellement auprès des quatre membres de Flandre, dont le contingent était le plus considérable de tous : il leur écrivit, les « requérant très-affectueusement de se vouloir esvertuer pour accorder pleinement et promptement la demande qu’il leur avait faite, pour être icelle la dernière. » Cet appel de l’empereur à l’affection et au zèle des Flamands, ses compatriotes, produisit son effet : les quatre membres accordèrent la somme totale (quatre cent quatre-vingt mille florins) réclamée d’eux. Leur exemple fut suivi par tous les autres états[1].

Charles avait abdiqué la souveraineté des Pays-Bas, mais il demeurait souverain des royaumes d’Espagne. Devons-nous croire ce que rapportent certaines dépêches diplomatiques, que Philippe aurait hautement témoigné son impatience du délai que mettait l’empereur à lui transporter ces royaumes, et qu’il y aurait même eu à ce sujet entre le père et le fils des scènes assez vives, Philippe allant jusqu’à dire à son père que, s’il ne lui cédait pas l’Espagne, il aimait mieux qu’il reprît tout ce qu’il lui avait donné[2]? Le caractère connu des deux princes ne rend pas le fait invraisemblable. Il est possible d’ailleurs — aucun des documents qui ont été publiés ne permet d’affirmation à cet égard — que Charles eût eu l’intention d’attendre, pour transmettre à son fils les couronnes de Castille, d’Aragon et de Sicile, qu’il fût arrivé dans la Péninsule. Quoiqu’il en soit, cette transmission fut de sa part l’objet de trois renonciations successives qui s’accomplirent le 16 janvier 1556, en sa petite maison du Parc. La première comprenait les royaumes de Castille, de Léon, de Grenade, de Navarre, des Indes, îles et terre ferme de la mer Océane découvertes et à découvrir, les grandes maîtrises des ordres de Saint-Jacques, d’Alcantara et de Calatrava. La deuxième s’appliquait aux royaumes d’Aragon, de Valence, de Sardaigne, de Maillorque, à la principauté de Catalogne, au comté de Barcelone, de Roussillon, de Cerdagne et aux îles adjacentes. La troisième était relative au royaume de Sicile. Dans aucun de ces actes, pas plus que dans les lettres du 25 octobre 1555, il n’est question d’une rente, que Charles-Quint se serait réservée, de cent mille écus selon plusieurs historiens, de deux cent mille ducats selon d’autres[3]. De toutes ses couronnes héréditaires Charles ne possédait plus que celle du comté de Bourgogne; des raisons particulières, puisées dans l’intérêt de ce petit pays, l’avaient engagé à en différer la cession à son fils : il la fit par des commissaires, le 10 juin 1556, dans une assemblée des états du comté tenue à Dôle[4].

Cependant, à l’occasion d’un échange des prisonniers faits de part et d’autre, des négociations s’étaient renouées, pendant l’hiver, entre l’Espagne et la France, en vue de la paix. Elles ne furent pas tout à fait sans résultat : le 5 février 1556 les négociateurs signèrent, en l’abbaye de Vaucelles, près de Cambrai, une trève de cinq ans, qui maintenait le statu quo. Charles-Quint intervint au traité

  1. Retraite et mort, etc. Introduct., pp. 105-110.
  2. L’évêque Tornabuoni écrivait à Côme de Médicis, le 4 janvier 1556 : « Tra queste due Maestà par’a mo, per quanto mi vien accennato di buon luogo, sia non sol’ poca intelligentia ma rotura; et pur’ bieri se n’andò il re dal padre, supplicandolo a fargli la cessione della Spagna o a repligliarsi tutto quello che l’haveva dato, cosi qua come in Italia, per non si prometter di poter’ mantener’ ni questi ni cotesti Stati senza l’aiuto della corona di Spagna, essendo per le continue guerre tutti consumati : soggiuogendo che non voleva soffrire tanta vergogna di perdersi senza poter farci un’ minimo constrato. Di che par che l’imperatore s’atlerasse nell’animo..... » (Arch. de Florence.)
  3. Retraite et mort, etc. Introduct., pp. 110-115.
  4. Ibid., pp. 116-118.