Page:Biographie nationale de Belgique - Tome 8.djvu/15

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G

Godefroid (Jules-Joseph), harpiste et compositeur, naquit à Namur le 23 février 1811, d’une famille liégeoise dont tous les membres cultivaient l’art musical avec succès. Son père, Dieudonné Godefroid, qui fut son maître, jouait de plusieurs instruments. Son talent et son caractère l’avaient rendu très populaire à Namur. De l’école de musique qu’il avait fondée sous le nom d’enseignement mutuel, sortirent de nombreux et excellents élèves. Il y enseigna le chant, le piano, la guitare, la harpe, le violon ; et c’est principalement à lui que Namur doit cette phalange de musiciens renommés dont elle s’honore, et au premier rang de laquelle brillent comme harpistes Jules et Félix Godefroid.

Jules, le second fils de Dieudomié Godefroid, révéla, dès l’enfance, de grandes aptitudes : à l’âge de douze ans, il ébauchait déjà de petites compositions dramatiques, et s’exerçait à manier le piano, la harpe, le violoncelle. Tous les instruments lui devinrent familiers : il en savait marier habilement les différents timbres. Son père, ayant accepté, à ses risques et périls, la direction du théâtre qui venait de s’ouvrir en 1835, échoua dans cette entreprise. Pour couvrir ses pertes, il vendit sa maison de la Grand’Place, où Félix était né. Malgré les sympathies qui l’entouraient dans son pays, il comprit qu’il fallait un plus vaste théâtre à ses fils. » Allez à Paris », disait Voltaire à Grétry, leur compatriote ; » c’est là qu’on vole à l’immortalité. « Dieudonné Godefroid prit le chemin de la grande cité des arts. Deux de ses fils y commencèrent leurs études : l’un, Jules, entra, le 23 octobre 1826, dans la classe de harpe de Naderman aîné; l’autre, Alphonse, qui se destinait à la scène, suivait le cours de Ponchard. Leur père se rendit à Boulogne-sur-Mer, pour y conduire l’orchestre du théâtre. Il y donna des leçons et y fit école comme à Namur. Mais les premiers temps furent bien rudes : pour subvenir à leurs besoins dans la capitale française, les deux frères furent obligés de faire partie des orchestres de l’Ambigu et de la Porte Saint-Martin. Jules jouait l’alto, Alphonse le violon. C’était presque une vie de bohème que ces années d’apprentissage. En 1828, Jules obtint le second prix de harpe. L’année suivante, n’ayant pas réussi au gré de ses désirs, il quitta le Conservatoire. Lesueur l’avait initié à la composition libre, sans qu’il eût fait d’études régulières d’harmonie ni de contrepoint.

Tout souriait alors à Dieudonné Godefroid : il put rappeler ses enfants auprès de lui ; la joie rayonnait à son foyer ; chacun apportait son contingent à la prospérité commune : Alphonse et Cléophile, chantaient au théâtre ; Jules enseignait la harpe à de nombreux amateurs ; Félix s’essayait déjà, sous la direction de son frère, à cette exécution prestigieuse qui l’a