Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 1.djvu/376

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errait sur ses lèvres dissimulait mal les agitations de son âme. Il savait que Charles X n’était encore qu’à quelques lieues de Paris ; qu’une armée de douze mille hommes pouvait se mettre en marche à la voix d’un monarque encore debout ; il savait aussi que, chez les peuples comme chez les individus, tout effort violent aboutit à la lassitude, et que les réactions sont mortelles à qui n’a su les prévoir. Charles X, d’ailleurs, était un parent qu’il s’agissait de détrôner, et la reine n’avait pas fait taire devant son époux les scrupules d’une conscience alarmée. Le langage du duc d’Orléans se ressentit des difficultés de sa situation. Il s’étudia péniblement à échapper au péril de toute affirmation nette. Attendre ayant toujours été sa devise, il hésitait entre l’inconvénient d’accepter trop tôt une couronne et celui de la refuser trop formellement. Il soutint ce jeu aussi long-temps que possible, et il y fut aidé par M. Sébastiani qui possédait le secret de ses incertitudes. Mais ceux qui ne devinaient pas le prince, cherchaient à se rendre agréables en paraissant lui faire violence. Quelques-uns, avec une brusquerie calculée, lui reprochèrent de favoriser par ses hésitations l’avènement de la république, et de compromettre de la sorte le salut du pays : genre de reproche plus doux au cœur d’un prince qu’une flatterie grossièrement naïve. Enfin, pressé-de toutes parts, le duc d’Orléans eut l’air de se laisser vaincre ; mais, fidèle jusqu’au bout à son rôle, il demanda quelques instants encore, disant qu’il avait un conseil à prendre, et il rentra dans son cabinet, toujours suivi de M. Sébastiani.