Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 3.djvu/67

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jours, la moitié des hommes dormant tout habilles. Enfin les postes furent doublés par des gardes nationaux pris dans la 1er légion qui se composait spécialement de fabricants.

Il n’en fallait pas tant pour faire prendre l’alarme aux ouvriers. Les infractions au tarif étaient de plus en plus nombreuses ; revenant sur ses premières décisions, le conseil des prud’hommes refusait de punir les violateurs de la foi promise dans cette extrémité, les malheureux tisseurs résolurent de cesser tout travail pendant une semaine ; ils devaient durant tout ce temps se promener par la ville avec calme et décence, et ils convinrent qu’ils salueraient affectueusement au passage tous ceux des fabricants qui s’étaient montrés généreux et amis de la justice.

Mais cette modération même était de nature à enfler l’orgueil de leurs ennemis. Des provocations hautaines leur furent adressées. Un fabricant reçut un jour les ouvriers avec ses pistolets sur la table. Un autre alla jusqu’à prononcer ces paroles : « S’ils n’ont pas de pain dans le ventre, nous y mettrons des baïonnettes. » L’orage approchait : il était inévitable.

Le dimanche, 20 novembre, une revue de la garde nationale devait avoir lieu sur la place Bellecour pour la réception du général Ordonneau. Cette revue mit en jeu, en les rapprochant, tous les éléments de discorde qui existaient au fond de la population lyonnaise.

Tous les gardes nationaux de Lyon, à cette époque, n’avaient pas le même uniforme. Les uns, c’é-