Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 5.djvu/143

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toutes parts, un vieux sergent s’écrie qu’il a servi dans la garde impériale, et il s’incline pour saisir les mains du prince, qu’il embrasse en pleurant. À ce spectacle, les soldats s’émeuvent ; et déjà ils entourent Louis Bonaparte avec des témoignages de sympathie, déjà le cri de Vive l’Empereur s’élève, quand tout-à-coup un bruit étrange se répand On assure que c’est le neveu du colonel Vaudrey qui se présente sous le nom de Louis Bonaparte, odieusement usurpé, et un lieutenant nommé Pleignier s’élance vers le prince pour l’arrêter. Arrêté lui-même par les artilleurs, il se débat courageusement, tandis que ses soldats s’avancent pour le dégager. La situation était décisive. Pour en conjurer le péril, un coup de pistolet suffisait peut-être Louis Bonaparte ne put se résoudre à le tirer. Il fit même relâcher le lieutenant, qui, en revenant à la charge, provoqua une lutte nouvelle. Sur ces entrefaites, le lieutenant-colonel Taillandier était arrivé, et, à sa voix, la défiance s’était changée en colère. La cour retentissait de menaces, les sabres étincelaient. Avertis, de leur côté, des dangers du prince, les artilleurs, restés dans le faubourg de Pierre, s’étaient ébranlés. Soudain on les aperçoit qui se précipitent en foule dans le quartier, et avec eux entrent pêle-mêle soixante canonniers à cheval. Violemment refoulée aux deux extrémités de la cour, l’Infanterie alors pousse des cris, de rage, se reforme, et revient d’un air farouche sur les partisans du prince, acculés, pressés, renversés par les chevaux contre la courtine du rempart. Ce fut un spectacle, ce fut un moment terrible. Ici les fantassins abaissant leurs