Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 5.djvu/284

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un emploi suffisant, il lui fallait d’autres obstacles et d’autres combats. Il s’était donc élancé vers les régions politiques, et, avec cette force d’attraction qu’elle exerce sur toutes les natures souveraines, la démocratie l’avait irrésistiblement attiré. Et qui, plus que lui, était fait pour y figurer avec éclat ? Non moins capable d’émouvoir le peuple que de l’instruire, il s’imposait à ceux-ci par l’autorité de son nom, il entraînait ceux-là par l’énergie de son âme, affectueuse d’ailleurs et sans fiel.

Au besoin, le rôle de tribun n’eût pas été au-dessus de son ardeur. Et toutefois, il n’avait pas ce genre de supériorité qui permit à Mirabeau de se jouer des orages, d’y respirer avec une aisance orgueilleuse, de s’enivrer de la contradiction, et de se faire porter par les haines mêmes autour de lui soulevées. Accoutumé, comme professeur, aux applaudissements, M. Arago ne se déployait tout entier que devant un auditoire disposé à le comprendre et à l’aimer. Les frémissements d’une assemblée hostile, sans abattre son courage, altéraient en lui les sources de l’inspiration. Un soir de printemps, comme il se promenait dans le jardin de l’Observatoire avec quelques membres de sa famille et un ami, il lui plut d’exposer les idées dont se composait un discours qu’il devait prononcer à la Chambre, le lendemain. Il s’agissait de venger le peuple des mépris patriciens en traçant l’histoire des services rendus par lui à la science, et en faisant le compte des grands hommes sortis de son sein. Emporté par l’élan d’une improvisation d’abord familière, M. Arago s’anima peu à peu, il s’exalta, il devint sublime.