Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 5.djvu/361

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Covent-garden et de Drury-Lane ouvrirent libéralement leurs portes à la curiosité populaire. Hyde-Park était comme un immense village de toile : on fut admis à y applaudir des charlatans et à s’enivrer autour de la statue d’Achille, dédiée au duc de Wellington. La nuit, Londres se montra splendidement illuminé. Et, le lendemain, à la lueur dt gaz allumé devant les boutiques de Gin, on voyait, comme à l’ordinaire, rôder pieds nus et couverts d’effroyables haillons, des fantômes au visage livide, au regard éteint, damnés de ce monde dont, seule, l’opulente Angleterre a le privilége de perpétuer la race; le lendemain, dans les districts où la pauvreté se trouve refoulée, parquée hideusement et mise hors la loi, dans les immondes ruelles à l’entrée desquelles la police elle-même s’arrête d’épouvante et d’horreur, dans les quartiers de White-Chapel, de Saint-Gilles, de Shoredieth, de Saint-Olave, il y avait, comme à l’ordinaire, des familles qui, enterrées vivantes sous des tas de bois pourri, croupissant sur le fumier, tremblaient la fièvre ou attendaient avec un désespoir hébété ce genre de mort qu’apporte la faim.

Dans les salons diplomatiques, cependant, on s’entretenait beaucoup de la robe de sa majesté, de ses colliers, de sa couronne neuve, évaluée deux millions huit cent mille francs, des illuminations féeriques du palais de M. de Strogonoff, de l’habit du prince Esterhazy surtout, habit phénoménal, dont chaque bouton était un diamant et chaque couture un filet de perles fines. On parlait aussi de ce qu’avaient coûté les débauches nocturnes d’un