Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 5.djvu/433

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Et aux démonstrations publiques se joignirent une foule de démonstrations privées. Apprenant que de tous les membres du Cabinet le maréchal Soult était celui qui s’opiniâtrait le plus dans la rigueur, MM. Dupont et Emmanuel Arago firent auprès de lui une démarche qui avait pour but ou de l’ébranler ou de mettre sa responsabilité en évidence. Le maréchal éluda une réponse, feignant de ne pas comprendre ce qu’on lui voulait, et se bornant à dire qu’il n’avait point siégé parmi les juges. Que de vœux formés ! Que de projets conçus ! Un Anglais qui avait assisté aux débats, offrit cent mille francs pour la secrète délivrance de Barbès. Des lettres menaçantes furent écrites sous le voile de l’anonyme. Dans l’espoir d’intéresser au sort du prisonnier la tendresse maternelle de la reine, on lui fit craindre d’épouvantables vengeances et qu’une solidarité de sang ne s’établît entre la vie de ses enfants et celle de Barbès, s’il mourait sur un échafaud. La reine fut, en effet, glacée d’effroi. Les ducs d’Aumale et de Montpensier avaient jusqu’alors grandi, au collége Henri IV, à l’ombre d’une position privilégiée, assistant aux classes, mais ayant un appartement pour leurs études et un jardin pour leurs récréations : ces priviléges disparurent pendant les premiers jours qui suivirent la condamnation de Barbès. Avec le reste des élèves, on vit les jeunes princes aller à la messe et aux bains, comme si l’existence de leurs camarades plus étroitement associée à la leur, eût dû les protéger les couvrir ! Et la frayeur du Château était si prompte au soupçon, que le feu ayant pris à une usine dans le