Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 5.djvu/67

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Placé au pied de l’instrument du supplice et débarrassé du voile noir qui lui cachait la figure, Alibaud écouta sans trouble la lecture de son arrêt. Près de recevoir le coup mortel, il cria d’une voix forte « Je meurs pour la liberté! » Puis il parcourut lentement du regard la foule des soldats, témoins silencieux et immobiles.

A cinq heures, le trot sonore des chevaux fit retentir le pavé qui mène au cimetière des suppliciés, et les cavaliers d’escorte parurent. Déjà le corps était hors du panier, et on allait le rendre à la terre, lorsque, suivant une formalité sinistre, le fossoyeur prit la tête par les cheveux, et la montra en disant : « Vous le voyez, c’est bien Alibaud.»

La presse était encore sous l’impression de ce drame, lorsqu’elle fut amenée tout-à-coup à s’occuper de sa propre constitution car une grande révolution allait s’introduire dans le journalisme.

Parmi les auteurs de cette révolution figura M. Émile de Girardin, un spéculateur.

Diminuer le prix des grands journaux quotidiens, accroître leur clientelle par l’appât du bon marché, et couvrir les pertes résultant du bas prix de l’abonnement, par l’augmentation du tribut qu’allaient payer à une publicité, devenue plus considérable, toutes les industries qui se font annoncer à prix d’argent, tel était le plan de M. Émile de Girardin.

Ainsi, l’on venait proposer de changer en un trafic vulgaire ce qui est une magistrature, et presque un sacerdoce on venait proposer de rendre plus large la part faite jusqu’alors, dans les journaux, à une foule d’avis menteurs, de recom-