Page:Bloy - Histoires désobligeantes.djvu/115

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nuleuse, le croupion bas et une grande crainte des bœufs.

J’ajoute qu’il appartenait à la pléïade symboliste et qu’il collaborait assidûment au Grimoire, à la Mélusine et à la Revue des Crotales.

Il s’échappa de son bureau un peu avant l’heure, courut se faire adoniser chez un coiffeur qu’il encourageait, fit un dîner palingénésique, relut quelques pages de l’Après-midi d’un faune, dans le dessein d’élever son cœur et, sûr de lui, prit enfin l’omnibus d’Auteuil.

La petite porte du jardin de madame Rolande était entr’ouverte, en effet. Poussée par lui avec des précautions infinies, elle bâilla peu à peu sur un gouffre noir. L’allée, à peine visible près du seuil, se perdait aussitôt dans la profondeur des massifs.

Mais ayant été souvent admis à promener son inspiration dans ce labyrinthe, il en connaissait, comme on dit, tous les détours.

Refermant donc la porte derrière lui, il s’avança d’une allure processionnelle, ressaisi de tout son trouble, et la grosse cloche de son cœur sonnant à toute volée.

Le silence était aussi profond qu’aurait pu le désirer ou le craindre un malfaiteur, dans ce quartier sédatif habité par des malades ou des millionnaires très précieux.

À peine, au loin, dans la direction du Point-du-