Page:Bloy - Histoires désobligeantes.djvu/12

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— Non, répondit-il, je ne suis pas malade, mais cette grande chaleur me fatigue et je crois que je ne pourrais pas manger. Et vous, maman, ne sentez-vous aucun malaise ? Vous êtes sortie, sans doute, pour chercher un peu de fraîcheur ? Il me semble vous avoir aperçue de loin sur le quai.

— Je suis sortie, en effet, mais tu n’as pu me voir sur le quai. J’ai été me confesser, ce que tu ne fais plus, je crois, depuis longtemps, mauvais sujet.

Jacques s’étonna de n’être pas suffoqué, de ne pas tomber à la renverse, foudroyé, comme cela se voit dans les bons romans qu’il avait lus.

C’était donc vrai, qu’elle avait été se confesser ! Il ne s’était donc pas endormi dans l’église et cette catastrophe abominable n’était pas un cauchemar, ainsi qu’il l’avait, une minute, follement conçu.

Il ne tomba pas, mais il devint beaucoup plus pâle et sa mère en fut effrayée.

— Qu’as-tu donc, mon petit Jacques ? lui dit-elle. Tu souffres, tu caches quelque chose à ta mère. Tu devrais avoir plus de confiance en elle qui n’aime que toi et qui n’a que toi… Comme tu me regardes ! mon cher trésor… Mais qu’est-ce que tu as donc ? Tu me fais peur !…

Elle le prit amoureusement dans ses bras.

— Écoute-moi bien, grand enfant. Je ne suis pas une curieuse, tu le sais, et je ne veux pas être ton juge. Ne me dis rien, si tu ne veux rien me dire,